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6 mai 2007 7 06 /05 /mai /2007 07:56
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Published by Observatoire de la Démocratie - dans République
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12 novembre 2006 7 12 /11 /novembre /2006 16:30

Voici une note un peu longue. J’y travaille depuis quelques temps, comme on le comprendra en me lisant. La mise au point a pris du temps car elle s’est faite alors que je courai d’une réunion à l’autre dans le pays, ces temps-ci. Je forme le vœu qu’elle éclaire mon point de vue et permette de comprendre la racine de mon opposition radicale à la doctrine que contient explicitement le discours de Ségolène Royal. Je n’ai aucun contentieux personnel avec elle. J’admire même plutôt la façon avec laquelle elle a rallié les éléphants les plus sordides du PS que la veulerie a conduit jusqu'à l’enclos de dressage et qui dorénavant marchent à la baguette du moment que leurs pâturages sont garantis. Mais mon engagement politique est un tout. Selon moi, on se construit dans la lutte socialiste autant qu’on reconstruit le monde. Les principes qui nous mettent en mouvement comptent autant que les raisons concrètes que l’on a d’agir. Ségolène Royal ne dirait pas le contraire, je crois bien. Dés lors je dis une nouvelle fois mon dégoût pour la meute de ceux qui hurlent sans discontinuer chaque fois que l’on oppose un raisonnement à un autre, et pour tous ceux qui ramènent toute opposition à une compétition de personnes et d’ambitions, comme si nos motivations ne pouvaient être que viles une fois que les fanatiques ont décidé ce qui est bon. Mon point de vue s’inspire de l’idéal des lumières et du matérialisme que j’assume en tant que vision globale. Elle motive les formes et les moments de mon engagement politique. En voici une expression. Lire la suite

 

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Published by Jean-Luc Mélenchon, ancien Ministre - dans République
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3 novembre 2006 5 03 /11 /novembre /2006 01:31

 La doctrine républicaine: une sagesse politique perdue ? par Alexandre Dorna Professeur d'Université, Psychosiciologue   

 

 Partons d’un constat simple d’aujourd’hui : la République est honorée et le républicanisme est plébiscité en France. L'idéal républicain, selon les élites modernes, a traversé, paraît-il, tous les clivages politiques de nos cinq  "républiques".  Or, une profonde impression de désenchantement, voire de désillusion se fait sentir. Elle s’exprime sous la forme d’une double question qui renforce le doute : Avons-nous un républicanisme sans République ?  Avons-nous une République sans républicanisme ? Certes, les valeurs de la République sont largement reconnues. Quelques uns se rappellent le message républicain en le réduisant aux valeurs consensuelles du triptyque : liberté, égalité et fraternité, tandis que d’autres mettent l’accent sur la déclaration des droits de l’homme, mais parfois en oubliant d’y ajouter « et du citoyen ». Enfin, les plus « cultivés » de nos politiques n’hésitent pas d’assimiler le républicanisme à la modernité et au siècle de Lumières au point de faire de Voltaire et des philosophes du 18eme siècle le paradigme républicain, en oubliant leurs penchants monarchiques. Il est utile de constater que l’utilisation massive et généralisée de la notion de Républicanisme dans le vocabulaire politique est réapparu  récemment : il n’y a pas plus de 15 ans. Toutefois, une chose est certaine : la doctrine et la signification du républicanisme restent dans la pénombre des idéologies modernes et sont confusément évoquées. Lire la suite

 

 

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Published by Alexandre Dorna, Vice Président de l'Observatoire de la Démocratie - dans République
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3 novembre 2006 5 03 /11 /novembre /2006 01:16

Paradoxe de notre époque : jamais on n'aura autant parlé de la république, ces dernières décennies (république et laïcité, république et École, république et citoyenneté, république et minorités), alors que la plupart de nos concitoyens confondent république et démocratie. Il est vrai que les deux peuvent paraître acquises. De là sans doute une certaine indifférence et une évidente incurie conceptuelle. Plus largement, il reste vrai, même au niveau des philosophes politiques, que l'effort de conceptualisation de la république est à peu près inexistant désormais, alors qu'il a longtemps occupé les philosophes (Charles Renouvier, Jules Barni, Alain). Certes, la république est restée, durant le même temps, sous les feux du marxisme. Il fallait donc la défendre ou parfois l'instaurer. Mais aujourd'hui ? Le marxisme ne tient plus le haut du pavé, et le républicanisme (Luc Ferry, Pierre-André Taguieff) s'est substitué à l'esprit républicain. Ce qui n'est pas tout à fait la même chose, puisque l’un est devenu une référence sectaire quand l’autre demeure une forme politique. De la république (au sens moderne du terme), il y a pourtant beaucoup de choses à dire, notamment sur ses principes, et qui ne se confondent pas avec les principes de la démocratie. Encore n'est-il pas difficile de voir qu'on peut les associer ou les faire fonctionner en critique réciproque. Dans le premier cas, sur fond commun de l'affirmation du règne de la loi, république et démocratie se complètent, la seconde fondant la première et la première lui apportant les institutions réglant les problèmes posés par l'engagement civique, le sens du bien commun et la critique de l’égoïsme1. Lorsqu'on les fait fonctionner en critique réciproque, en revanche, le raisonnement diffère. Certains commentateurs ancrent les bienfaits de la république (critique de l’égoïsme dans ce qu'ils appellent les pathologies de la démocratie (l'individualisme), tandis que d'autres affirment, à l'inverse, qu'il est nécessaire de corriger la république par la démocratie. Mais pour entrer dans ces débats, il est nécessaire d'en reconstituer d'abord les termes. Ce qu'accomplit, par ses voies propres, c'est-à-dire des voies historico-chronologiques, l'ouvrage référé ici. Il expose les théories de la république en suivant un ordre génétique, et soumet les définitions de termes à un jeu successif dans lequel le lecteur doit puiser lui-même les moyens de s'orienter par rapport à notre actualité. Au demeurant, il peut au moins en abstraire les données suivantes. Lire la suite

source : http://www.espacestemps.net 

 

 

 

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Published by Serge Audier Ed La Déouverte Repères - dans République
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3 novembre 2006 5 03 /11 /novembre /2006 01:11

Depuis des décennies, Jürgen Habermas, à la fois philosophe et sociologue, occupe une place de premier plan sur la scène intellectuelle en Europe et en Amérique. Ses oeuvres sont vite traduites et suscitent nombre de commentaires, en général laudateurs. Beaucoup le considèrent comme un des penseurs les plus importants de la deuxième moitié du vingtième siècle et voient en lui un continuateur des théoriciens de l’École de Francfort, Horkheimer et Adorno. Pourtant, Jürgen Habermas lui-même n’a pas caché qu’il était fort critique à l’égard de ceux qu’on présente comme ses prédécesseurs. Ce que l’on sait moins, c’est que les deux chefs de file de la théorie critique ont émis de très fortes réserves sur celui qui était leur collaborateur à « l’Institut für Sozialforschurng » de Francfort. On en a un témoignage éloquent dans une lettre adressée par Max Horkheimer à son ami Theodor W. Adorno le 27 septembre 1958 [] Le texte en est long (une dizaine de pages imprimées en petits caractères) et porte pour l’essentiel sur un article de Habermas consacré à Marx et au marxisme. Horkheimer dit d’emblée qu’il a des divergences fondamentales avec le jeune Habermas. Il lui reproche en premier lieu de centrer son interprétation de Marx sur les oeuvres philosophiques de jeunesse en méconnaissant les oeuvres de la maturité liées au projet de critique de l’économie politique. Le fait est d’autant plus remarquable que Max Horkheimer ne se réclame plus du marxisme depuis la fin des années trente et ne cherche pas à donner des leçons d’orthodoxie en cette matière, bien au contraire ! La théorie critique telle qu’il entend doit être critique du marxisme, mais doit se faire en même temps ré appropriation de Marx en le comprenant autrement. Lire la suite

 

 

 

 

Source :  http://multitudes.samizdat.net   Mise en ligne décembre 1997

 

 

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Published by Jean-Marie Vincent - dans République
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3 novembre 2006 5 03 /11 /novembre /2006 01:02

Le républicanisme est une tradition ancienne puisqu'elle remonte aux philosophes de l'antiquité (Aristote, Cicéron...). Il défend le principe de souveraineté populaire et de participation populaire. Il réapparaît au XVIIIe siècle où il s'oppose à la souveraineté absolue (monarchie). Des penseurs reconnus comme appartenant au républicanisme : Machiavel (discours de Tite Live), Harrington (Commonwealth of Oceana) ou les penseurs de la révolution française. L'Irlandais Philip Pettit, l'Anglais Quentin Skinner ou le Français Jean-Fabien Spitz appartiennent aujourd'hui à ce courant. Il perdra de la vitesse au début du XIXe siècle avec l'entrée dans l'industrialisation où on estimera que les contraintes "éthiques" du républicanisme ne sont plus d'actualité avec la recherche accrue du profit. Il sera supplanté par le Libéralisme
 

 

Le républicanisme pose comme définition du principe de liberté la non-domination. Pour lui, il faut jouir d'un statut social qui assure au citoyen une indépendance à l'égard d'autrui : "Pour faire un républicain, il faut prendre l'être humain si petit et si humble qu'il soit, un enfant, un adolescent, une jeune fille ; il faut prendre l'homme le plus inculte, le travailleur le plus accablé par l'excès de travail, et lui donner l'idée qu'il faut penser par lui-même, qu'il ne doit ni foi ni obéissance à personne", Ferdinand Buisson, 1887. Par opposition au libéralisme qui conçoit cette notion de liberté comme non-ingérence de l'État sur le marché. Le républicanisme reconnaît un rôle essentiel à l'État comme garant de la non-domination. Il pose, en effet, qu'une règle sociale (loi) peut être génératrice de liberté (liberté de réunion et liberté de la presse acquises grâce à la loi de 1881). Il définit un Êtat contrôlé par ses citoyens et où la loi émane d'eux, à travers leurs représentants. L'électeur a pour "devoir" d'essayer de sélectionner les candidats aux élections en fonction, non pas de son intérêt personnel, mais en fonction de leurs aptitudes à défendre le bien commun. Les gouvernants, quant à eux, dans cette philosophie, doivent prendre des décisions visant le bien commun, l'intérêt général. Si il y a divergence sur ce bien commun, il faut alors en débattre. Ce courant est donc empreint d'exigences éthiques. Lire la suite 

 

 Fondamental
L'histoire de l'esclavage
Déclaration Universelle des droits de l'Homme
Loi de séparation des églises et de l'Etat
Histoire du droit de vote
J'accuse d'Emile Zola

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Published by Wikipédia - dans République
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6 juillet 2006 4 06 /07 /juillet /2006 07:24

En finir avec la discrimination positive… y compris au PS ! Par Jérôme Guedj et Emmanuel Maurel*, respectivement vice président du conseil général de l'Essonne et conseiller régional d'Ile de France, tribune parue dans Marianne, n°480  1er juillet 2006

 

Non à des mandats électifs par quota : ils enferment les individus dans le carcan de leurs origines ! La vraie solution républicaine, c'est le mandat unique. La République n'est pas seulement un cadre institutionnel. C'est un processus, un projet, un ensemble de valeurs. Parmi celles-ci, la laïcité est un phare qui éclaire notre action. Etre laïc, ce n'est pas seulement plaider pour une séparation radicale entre l'espace public et l'espace privé, entre les Eglises et l'Etat. C'est aussi une certaine conception de le la société, débarrassée de la tutelle de tous les clergés. Une société composée d'individus libres et autonomes, capables de s'abstraire de tous les déterminismes. Militants laïcs, nous souffrons chaque jour davantage devant la progression vertigineuse du communautarisme. La droite, et notamment Nicolas Sarkozy, arguant de l'indiscutable exclusion qui touche les Français pudiquement appelés « issus de l'immigration », propose désormais d'instaurer dans notre pays la méthode anglo-saxonne de la « discrimination positive » qui consiste, peu ou prou, à réserver emplois, fonctions, mandats à des citoyens en raison de leurs origines ethniques, culturelles ou religieuses. Ainsi, le ministre de l'intérieur en charge des cultes cherche désormais des « préfets musulmans ». Il veut encourager une logique de « quotas » dans certains milieux (notamment les plus visibles : médiatiques, politiques) : c'est lui, par exemple, qui incite TF1 dans sa recherche d'un présentateur « black ». Cette logique, si elle part d'un postulat juste (il faut mettre un terme à la discrimination en raison du faciès ou du patronyme), porte en elle les germes des pires dérives. Outre qu'elle ne permet de réparer une injustice que superficiellement, elle est profondément stigmatisante. Elle enferme les individus dans un carcan, celui de leurs origines. Elle les condamne à se définir prioritairement comme membre d'un groupe. Cette poussée différentialiste n'épargne aucune sphère de la société, aucune famille de pensée. Ainsi, le Parti Socialiste rentre lui aussi dans cette course folle. En envisageant de « réserver » des circonscriptions aux « minorités visibles » au nom de la « diversité », il tourne le dos aux principes laïcs les plus élémentaires. Au-delà des arrières pensées politiciennes peu ragoûtantes (les quotas permettent d'éliminer des concurrents gênants ou des minorités politiques), cette décision pose de graves questions. Elle s'inscrit d'abord dans le mythe illusoire et dangereux d'une assemblée qui serait la « représentation-miroir » de la société. Représentation au sens ethnique du terme, car d'un point de vue social, la réflexion semble totalement absente : l'absence de députés ouvriers ne semble plus scandaliser le parti qui a pourtant vocation à représenter la majorité du salariat. Découper le corps social en autant de « groupes » et autres « communautés » susceptibles d'être représentés, c'est privilégier clairement une grille de lecture différentialiste de la France. C'est choisir l'essence plutôt que l'existence. Dans le débat qui s'ouvre, les différentialistes proposent un outil radical et rapidement mobilisable, le quota. C'est la voie dans laquelle se lance aujourd'hui le PS. Des circonscriptions « gelées » seront « fléchées » pour un contingent de camarades appartenant aux « minorités visibles ». Camarades choisis par la direction des principales sensibilités en fonction de critères dont la définition échapperont totalement aux militants desdites circonscriptions. Le tout aboutissant à un résultat calamiteux : bien souvent, le gel favorisera des camarades ou des personnalités extérieures au détriment de militants du terrain eux aussi issus de l'immigration mais ne bénéficiant pas de l'audience nationale des premiers. De la discrimination positive à l'arbitraire positif, le pas est rapidement franchi. Féminisation, rajeunissement, renouvellement : nous souscrivons tous à ces objectifs. La meilleure façon d'y parvenir, ce n'est pas le choix d'une solution à l'anglo-saxonne. Nous en appelons à une réponse républicaine, celle de la respiration démocratique : Elle passe par le non cumul des mandats, y compris dans le temps. Cela demande plus de courage et de volontarisme que les solutions aujourd'hui privilégiées. Comme par exemple d'appliquer aux candidats aux élections législatives de 2007 le principe du mandat unique… principe que le PS envisage de faire figurer dans son futur projet. Alors chiche : sans attendre, donnons l'exemple dès cette élection ! Mercredi 05 Juillet 2006

 

 

 

*Membres des instances nationales du PS

 

 

 

 

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Published by Jerome Guedj et Emmanuel Maurin - dans République
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7 juin 2006 3 07 /06 /juin /2006 10:29

Eléments pour une doctrine républicaine (I): Pour sortir de l'impasse idéologique, par Alexandre Dorna, Vice Président de l’Observatoire de la Démocratie, Professeur d’Université en psychosociologie politique

 

 

La question républicaine est à nouveau à l'ordre du jour. Ses valeurs sont plébiscités et servent de remparts face à la montée de l'intolérance et l'incivisme et retrouvent un large écho au milieu d'une formidable crise politique, idéologique et psychologique. Ainsi, Ils sont nombreux en France a se reconnaît à nouveau dans la doctrine républicaine. Or, l’histoire et la signification du républicanisme reste confusément exprimées. Certains réduisent son message aux valeurs consensuelles de liberté, d'égalité et de fraternité faute d’une lecture approfondie de la doctrine et le passé d’un mot qui se travesti avec le temps. L'idée républicaine en France ( Nicolet 1986) qui traverse les clivages politiques de toutes les "républiques" trouve sa forme politique dans une formation politique qui pèse positivement sur le XIX et le XX siècle : le parti républicain radical et radical socialiste, dont les origines remontent à la seconde république. Quant à la doctrine républicaine, elle se confonde avec celle d'un radicalisme imbibé de l'humanisme et du rationalisme des lumières, de l'agnosticisme des encyclopédistes et du principe expérimental du positivisme, de la laïcité des libres penseurs, d'une idée sociale de la justice, d'une conception utilitariste de l'État et de la philosophie des républicains anglais. Et si certains lecteurs, en toute bonne foi, se demandent quelle est l'utilité de réexaminer dans cet ouvrage une pensée de "vieilles barbes", je suis tenté de rappeler à la fois le besoin d'entretenir la mémoire historique et l'urgence de repenser le sens de l'impasse idéologique. En outre, je compte montrer que la doctrine républicaine peut (nous) délivrer une forme de savoir-faire qui s'apparente directement avec une psychologie politique expérimentale à la recherche d'un discours fort au sens ancien du terme. Un des fondateurs de la Troisième République , Léon Gambetta, dans un banquet de la société positiviste, exprime son credo sur la politique en ces termes : "Il viendra certainement un jour où la politique, ramenée à son véritable rôle, ayant cessé d'être la ressource des habiles et des intrigants, renonçant aux manœuvres déloyales et perfides, à l'esprit de corruption, à toute cette stratégie de dissimulation et de subterfuges, deviendra ce qu'elle doit être, une science morale, expression de tous les rapports, des intérêts, des faits et des mœurs, où elle s'imposera aussi bien aux consciences qu'aux esprits et dictera les règles du droit des sociétés humaines." (15.2.1873.)  La doctrine républicaine à la française, à la différence des grandes idéologies dominantes du XXe siècle (le libéralisme, le marxisme, le christianisme social et le nationalisme), reste la seule à ne s'être ni reniée ni effondrée face à la crise des valeurs de notre temps. Le radicalisme politique, certes, s'est figé progressivement jusqu'à devenir évanescent; de plus, la manière dont les historiens ont rendu compte de l'œuvre radicale, sauf rares exceptions, ne laisse pas une grande place aux idées (originales) incarnées par les radicaux. La plus grande partie de leurs travaux énumèrent et analysent des résultats électoraux, des noms propres, des dates historiques, sans aucune allusion directe au corps de doctrine du radicalisme ni à ses valeurs. Pis encore : l'essence doctrinale est absente, ses fondements philosophiques sont ignorés ou mésestimés, la portée de ses débats internes n'est pas retenue. Nicolet est presque le seul à restituer l'âme républicaine des radicaux au milieu de l'indifférence glaciale des monographies historiques, les omission des philosophes et l'ignorance des psychosociologues. La doctrine républicaine est-elle une philosophie?  C'est ainsi que certains le posent. Mais, je pense qu'elle est plutôt une psychologie politique, voire le paradigme collectif perdu de la psychologie politique. Question polémique, je vous l'accorde. Mais, faut-il rappeler que la doctrine radicale s'affirme à une époque charnière (la seconde moitié du XIXe siècle) au cours de laquelle la révolution industrielle met à dure épreuve la stabilité sociale et le socle républicain. La méthode pour ramener à bon port une République à la dérive en est l'enjeu politique principal. La pensée radicale s'inspire du scepticisme de Diderot, du refus de Voltaire de se soumettre à une métaphysique théologique, de l'utilitarisme d'Helvétius, sans oublier le principe de souveraineté populaire, cher à Rousseau , bien que son œuvre philosophique ne soit guère une référence radicale. Et surtout de Condorcet, figure à laquelle les radicaux se sentent attachés. Issue de la modernité et de la Révolution , la doctrine radicale en fait une lecture plutôt critique. Sont jugés sévèrement le jacobinisme et l'aventure napoléonienne. L'ouvrage du Pr. Aulard (ami de Gambetta) sur l'histoire de la Révolution française fait référence, instituant une nette ligne de démarcation doctrinale à la fois avec le libéralisme, le socialisme et les diverses formes de romantisme nationaliste. D'ailleurs, influencée par le positivisme de Comte et la franc-maçonnerie à la française, la pensée radicale ne peut pas être assimilée à un système philosophique, encore moins à une théorie globale de l'homme et de la société, mais bien plus à une sagesse et à un savoir-faire méthodique. École de pensée plus que pensée d'école, la démarche radicale apparaît comme une pédagogie et une approche psychologique, dont l'empirisme, le pragmatisme et le raisonnement inductif, font de l'étude des comportements humains la voie vers une spiritualité libérée de l'hermétisme théologique et l'élucubration métaphysique. Approche morale avant tout, psychologie politique in situ, la pensée radicale, multiple et relative, (nous) rappelle que sous le prétexte de l'essence insondable de l'être, l'observation  objective des choses risque d'être escamotée. La forme et le fond ne sont pas réversibles. La première entraîne la seconde comme le contenant conditionne le contenu: L'homme est ce qu'il fait.     La doctrine républicaine à la française tente de retrouver la conception antique de l'homme citoyen et de fournir une réponse chaleureuse à la souffrance des hommes hic nunc dans le cadre de l'ordre républicain démocratique. Tout repose donc sur la recherche d'un équilibre de forces contradictoires : les exigences d'une société qui demeure économiquement injuste et les aspirations à la liberté encore virtuelles. Il ne faut pas perdre de vue que le souci majeur d'une doctrine républicaine n'est pas la recherche métaphysique du vrai, mais la recherche d'un vrai juste, c'est-à-dire de celui qui émerge du dialogue et du droit. La volonté de justice à la fois sociale et individuelle, choix délibéré et a-dogmatique, attitude exigeante pour rendre l'interaction humaine civilisée, révèle le radicalisme comme une méthode d'action progressive. Elle s'inspire de l'expérience et se canalise à travers un raisonnement objectif. En somme, la doctrine et la politique radicale ne se réclament pas d'une vérité révélée, ni d'une sagesse incarnée dans une personnalité, même exceptionnelle, mais dans une démarche raisonnée et en pratique démontrable. L'objectif est clair : tout pouvoir doit être soumis au libre examen de conscience et à la délibération entre égaux. La démarche aussi : c'est un réformisme visant l'innovation et un changement profond de société. Si est le maître mot est justice, l'affranchissement de la domination économique et l'élargissement de l'espace public en sont les conséquences. Voilà la priorité politique. A. Bayet (1932), homme politique radical, l'exprime sans ambages : "Notre premier devoir est donc de mettre un terme au régime égoïste, inhumain, qui, sous le nom de "libéralisme", met l'industrie au service de quelques-uns, au lieu de la mettre au service de la collectivité." Bien entendu, une collectivité dans laquelle la propriété est un droit inaliénable et la liberté de chacun un postulat absolu        Par ailleurs, la doctrine républicaine à la française apparaît comme un humanisme rationnel, une laïcité militante, nullement ennemi des croyances, respectueux des différences dans le cadre de la République. Gambetta ne s'est pas trompé lorsqu'il a repris avec force la formule laïque: "Le cléricalisme : voilà l'ennemi." En effet, par là, il faut entendre, dans le langage de l'époque, non une attaque contre une foi quelconque, mais la dénonciation des abus commis par les institutions religieuses au nom d'un universalisme sectaire et non républicain. C'est l'esprit de secte qui est en cause, nullement la spiritualité, encore moins la symbolique du sacré, mais l'existence de castes qui prétendent gérer le bien commun au nom d'une révélation, d'un savoir ou d'une connaissance uniques. Ainsi, la critique de Gambetta est-elle l'équivalent, mutatis mutandis, de celle que les républicains d'aujourd'hui dirigent contre les structures perverses du technocratisme moderne. Une parenthèse s'impose par des raisons de clarté thématique. L'histoire politique de l'idée républicaine en France est incarnée par des hommes convaincus de la puissance de ses possibilités d'applications. La dialectique entre la pratique et la théorie y est présente.

 

 

Note : Cette série d’articles sur la doctrine républicaine est  une version remaniée de deux textes, dont l'un fut publié dans Baumont S. et Dorna A. (2001): Les grandes figures du radicalisme. Toulouse. Privat et l'autre - inédit – d’un  exposé au colloque la Société d'histoire du radicalisme au Sénat le 23.10.01 Bibliographie: Aulard A. (1901)  : La Révolution française. Paris. Baumont S. et Dorna A. (2001): Les grandes figures du radicalisme. Toulouse. Privat. Dorna A. (1998) : Les fondements de la psychologie politique. Paris. PUF. Dorna A. (1994) : Éléments sur l'idéal et les raisons de la doctrine radicale. Les Cahiers radicaux. N° 1. 1994. Paris. Dorna A. (1999) : Le Populisme. PUF. Manin B. (1995): Principes du gouvernement représentatif. Paris. Flammarion. Memmi A. (1989 ) : Pour un laïcisme humaniste. "Le Monde" du 23.6.1989. Nicolet C. (1982) : L'Idée républicaine en France. Gallimard. Paris. Laprevote O. (1994) : La Démocratie devant la science : compte-rendu. Les Cahiers radicaux. N° 1. 1994. Paris. Pettit Ph. (1997): Republicanism. A theory of freedom and government. Oxford. Oxford University Press . J. Pocock (1975-1995) : Le moment machiavélien. Paris. PUF Spitz J.F. (1995) : La liberté politique. Paris. PUF Skinner Q. (1978): The foundations of modern political thought. Cambridge. Cambridge University Press.

 

 

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Published by Alexandre Dorna - dans République
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7 juin 2006 3 07 /06 /juin /2006 10:22

Eléments pour une doctrine républicaine (2) : Les républicains français, par Alexandre Dorna, Vice Président de l’Observatoire de la Démocratie, Professeur d’Université en psychosociologie politique - Projet fortement utopique destiné à dépasser l'absolutisme de l'ancien régime, la révolution de 1789 exprime une double ambition : la volonté de progrès social et l'autonomie psychologique de l'individu. Certes, si la rupture politique et intellectuelle est extrême, la transformation de l'appareil administratif et économique reste peu profonde. Une certaine impuissance empêche les républicains d'assurer la pérennité des acquis de la Révolution. Ils se trouvent devant des impasses de société qui mènent au Directoire, à l'Empire et à la Restauration. Or, sous ces régimes, le républicanisme reste vivant : Garnier-Pagès et Ledru-Rollin incarnent le radicalisme républicain en 1830 et 1848.

La Deuxième République est le moment où le républicanisme prend la forme d'une alternative politique populaire. Le coup d'état de Napoléon III radicalise le parti des républicains; pendant la longue éclipse des institutions démocratiques durant le Second Empire, ses principales figures s'exilent ou sont jetées en prison : Hugo, Proudhon, Blanc, Blanqui. Au fur et à mesure que le régime se consolide, une aile républicaine modérée se forme autour de Ferry, Grévy et Simon. Une nouvelle génération de républicains, nourrie des idées positivistes et des perspectives ouvertes par la méthode expérimentale dans le domaine des sciences, milite pour une vision moins romantique, moins métaphysique, plus laïque et plus politique. Désormais, l'idée de bâtir une morale non religieuse lui semble possible. Les thèmes de l'éducation et de l'existence des "couches moyennes"  prennent une place jusqu'alors inédite dans les discours politiques de l'aile modérée des républicains. Léon Gambetta, jeune avocat, devenu célèbre après une brillante plaidoirie lors du procès des journalistes anti-monarchistes, reprend le flambeau de la réforme. Son programme, dit de Belleville, exprime les idées du moment : l'instauration du suffrage universel, la liberté de la presse, la liberté de réunion et d'association, la nomination des fonctionnaires publics par élection, la suppression des armées permanentes. Voilà l'ossature de la renaissance républicaine. Gambetta est élu député en 1869.La guerre franco-prussienne entraîne l'effondrement du Second Empire. La débâcle de Sedan ouvre le retour à la République le 4 septembre 1870. Or, c'est une République ambiguë et sans nom. Un gouvernement de Défense nationale est constitué. A 32 ans, Gambetta est promu ministre de l'Intérieur. La suite est une série de luttes et de succès. Véritable chef de file d'un républicanisme radical "opportuniste", entre l'ancienne aile modérée (Ferry et Simon) et la nouvelle vague extrême (Clemenceau), la personnalité charismatique de Gambetta est celle d'un homme d'état, fondateur de la IIIe République et créateur de la méthode de gouvernement des reformes séries.       Le socle doctrinal de la pensée républicaine à la française. Le républicanisme des fondateurs doit à un positivisme éclairé par l’humanisme laïque une vision et une attitude politique presque inclassable : gouvernement de compétences, mais pas de technocratie; prééminence du pouvoir spirituel, mais pas gouvernement de philosophes. Régime républicain, mais avec un attrait marqué pour la démocratie directe, l'esprit critique et le contrôle des pouvoirs par le peuple. Ces hommes sont des partisans acharnés du suffrage universel. Le pouvoir politique ne doit être ni socialiste ni libéral, encore moins radical, mais celui de tous.  La clef de toute transformation reste l'éducation du peuple : gratuite, laïque et obligatoire. S'y ajoutent l'abolition des monopoles et de la concentration économique. Le tout lié par un ciment réfléchi et enrichi par une longue et féconde réflexion où deux figures jouent un rôle doctrinal de premier ordre : Léon bourgeois et Alain.

Note : Cette série d’articles sur la doctrine républicaine est  une version remaniée de deux textes, dont l'un fut publié dans Baumont S. et Dorna A. (2001): Les grandes figures du radicalisme. Toulouse. Privat et l'autre - inédit – d’un  exposé au colloque la Société d'histoire du radicalisme au Sénat le 23.10.01 Bibliographie: Aulard A. (1901)  : La Révolution française. Paris. Baumont S. et Dorna A. (2001): Les grandes figures du radicalisme. Toulouse. Privat. Dorna A. (1998) : Les fondements de la psychologie politique. Paris. PUF. Dorna A. (1994) : Éléments sur l'idéal et les raisons de la doctrine radicale. Les Cahiers radicaux. N° 1. 1994. Paris. Dorna A. (1999) : Le Populisme. PUF. Manin B. (1995): Principes du gouvernement représentatif. Paris. Flammarion. Memmi A. (1989 ) : Pour un laïcisme humaniste. "Le Monde" du 23.6.1989. Nicolet C. (1982) : L'Idée républicaine en France. Gallimard. Paris. Laprevote O. (1994) : La Démocratie devant la science : compte-rendu. Les Cahiers radicaux. N° 1. 1994. Paris. Pettit Ph. (1997): Republicanism. A theory of freedom and government. Oxford. Oxford University Press . J. Pocock (1975-1995) : Le moment machiavélien. Paris. PUF Spitz J.F. (1995) : La liberté politique. Paris. PUF Skinner Q. (1978): The foundations of modern political thought. Cambridge. Cambridge University Press.

 

 

 

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7 juin 2006 3 07 /06 /juin /2006 10:00

  Pourquoi a-t-on oublié un homme, dont un journaliste de l'époque faisait le profil psychologique  dans les termes suivants : "Il a peur de faire mal, même pour faire du bien... Eléments pour une doctrine républicaine (3) Léon Bourgeois et le solidarisme Par Alexandre Dorna, Professeur d’Université en psychosociologie politique, Vice Président de l’Observatoire de la Démocratie

Léon Bourgeois est par nature et par raisonnement un altruiste convaincu…C'est un homme qui aura fait son devoir, tout son devoir. Voici trois moments où la rigueur de sa pensée s'exprime avec bonheur, car la théorie épouse la pratique : d'abord dans un extrait de son discours à la fondation du parti radicale, puis dans  la lettre qu'il adresse le 8 Avril 1908 à Ferdinand Buisson, autre grand théoricien et politique radical, où sont exposés dans une admirable synthèse les principes. Et enfin une synthèse des éléments d'une doctrine radicale républicaine: le solidarisme. Le discours. C'est avec une acuité de visionnaire que Léon Bourgeois donne la mesure de l'enjeu politique du moment et, subtilement, et de la portée de l'engagement républicain non libéral, lorsqu'il déclare aux délégués du congrès ses opinions les plus profondes. Écoutons-le : " Au moment où vous voyez grandir de l'autre côté de l'Atlantique ce nuage noir formidable des trusts qui semble faire pâlir la lumière de la liberté humaine et qui projette déjà son ombre sur les rives de l'Ancien Monde, dans ce froid qui augmente et se fait sentir chaque jour davantage, laissez le travailleur faible, isolé, sans appui et sans aide sociale, savez vous où il ira? I1 ira à la révolte, à la violence, aux chimères. Dites-lui au contraire qu'il y a un devoir social de tous envers tous, dites- lui que la société doit être composée de membres libres, d'associés égaux en droit et fraternellement unis ; dites-lui que lorsqu'un d'entre eux succombe, il doit être relevé par l'aide de tous ; dites-lui que celui qui travaille doit être protégé contre les risques qui le menacent, et ainsi aidé, arriver à faire sortir de son travail sa petite propriété individuelle ; qu'il faut, par suite, autour de chacun, un ensemble d'organisations de prévoyance et d'assu­rance par lesquelles tous les risques sociaux seront à l'avenir prévenus et réparés ; dites-lui que dans la lutte qu'il soutient pour la vie, la société entend établir dans la mesure du possible les conditions de la justice. (...) Dites-lui que nous voulons la défense de sa liberté, de sa dignité, de son activité, c'est-à-dire les trois termes dont la propriété individuelle est l'expression résumée en un seul mot : dites-lui tout cela, et vous verrez qu'il n'ira pas courir vers l'hypothèse collectiviste, que, comme le paysan propriétaire, il restera fidèle à sa petite glèbe et n'aura qu'un souci, celui de défendre ce bien, légitimement acquis celui-là, par son travail et non par les procédés louches que nous flétrissions tout à l'heure." Et la lettre à F. Buisson. C'est une synthèse réussie. Tout y est : la portée et les limites, la volonté et la réflexion. Lisons-la attentivement : "Le parti radical a un but; il veut organiser politiquement et socialement la société selon les lois de la raison, c'est-à-dire en vue de l'entier développement de la personne humaine dans tout être humain, en vue de l'entière réalisation de la justice dans tous les rapports entre les êtres humains. Le parti radical a une méthode. C'est celle de la nature elle-même. I1 sait que tout organisme naturel tend à se développer vers un état supérieur par l'évolution régulière de chacun de ses éléments coordonnés. I1 attend donc de l'évolution morale et intellectuelle de chacun des individus l'amélioration progressive de la société. Et c'est pour la hâter qu'il fait de l'éducation publique le premier devoir de l'État, puisque c'est le premier intérêt de la Nation. (…) Le parti radical a une morale et une philosophie. I1 part du fait indiscutable de la conscience. I1 en tire la notion morale et sociale de la dignité de la personne humaine. I1 en conclut pour celle-ci un droit et un devoir : le droit de chercher par l'effort de sa raison les conditions de son propre développement et les lois de ses rapports avec les autres êtres; le devoir d'observer vis-à-vis des autres les règles d'existence qu'elle a ainsi librement déterminées. (…) Le parti radical a une doctrine politique. Il va de soi que c'est la doctrine républicaine. Mais la République qu'il a en vue est la République démocratique qui, seule, permet à tous les citoyens de rechercher ensemble, sans privilège pour aucune catégorie d'entre eux, les arrangements légaux les plus propres à réaliser ce gouvernement de la raison. Le parti radical enfin a une doctrine sociale. Et cette doctrine se résume en ce mot : l'association. Il ne croit pas en effet que le bien de la nation puisse se réaliser définitivement par la lutte des individus et des classes, pas plus que le bien de l'humanité par la lutte des nations. I1 affirme que le véritable instrument de tous les perfectionnements sociaux, c'est l'association des individus et l'association des groupes humains consentant à des règles que les uns et les autres jugent et sentent conformes au bien, parce qu'elles le sont à l'intérêt de tous.(…)" La doctrine solidariste : une esquisse ouverte La nécessité de garantir la dignité et la liberté suscite un grand débat scientifique et politique, à la fin du XIXe siècle, à travers les réflexions de quelques universitaires radicaux, notamment C. Bouglé, A. Fouillé, H. Marion. C'est Léon Bourgeois, radical et franc-maçon notoire, qui tente de concilier, sous le terme de "solidarité", la politique, la morale et l'économie dans une théorie cohérente. La doctrine solidariste trouve en Bourgeois un propagandiste à la fois bien placé en politique et intellectuellement sensible à la recherche d'une issue non violente au dilemme : capitalisme - versus -socialisme. C’est en juriste qu'il développe, en s’appuyant sur la « doctrine scientifique" la théorie de la solidarité naturelle et morale, les conséquences d'un contractualisme applicable à toute la société. En 1895, un ensemble d'articles et de conférences est édité sous forme de livre. Léon Bourgeois ajoute, année après année, pratiquement jusqu'à sa mort, quelques touches complémentaires.  Contrairement à Rousseau , le solidarisme définit le contrat par l'association, car il s'agit d'abord d'un contrat moral avant d'être social. La théorie du solidarisme repose sur deux principes explicatifs: D'une part, le principe du quasi contrat, et d'autre part, la dette sociale. Si les hommes sont des êtres sociaux, c'est parce qu'ils ne peuvent se soustraire matériellement ou moralement à l’association humaine. C'est par l'existence implicite des quasis contrats réciproques d'échanges que les hommes arrivent à survivre et à cumuler la richesse matérielle et spirituelle, la connaissance et les techniques. Voilà pourquoi l’homme naît débiteur de l’association humaine. Car la dette est sociale. Chacun, dès la naissance, prend sa part d’un héritage accumulé par ses ancêtres. Cette dette contractée envers les ancêtres, chaque homme est tenu de l’acquitter envers les nouvelles générations. C’est un legs de tout le passé à tout l’avenir. Chaque génération doit non seulement conserver l’héritage mais mieux encore l’accroître.  Par conséquent, pour Léon Bourgeois, la solidarité n'est pas une pure obligation de conscience, mais un devoir fondé juridiquement, auquel on ne peut se dérober sans la violation d’une règle précise de justice.  Contrairement à ceux qui pensent que « la lutte pour le développement individuel est la condition première de tout progrès", les propos de Bourgeois montrent que "seules des activités associées croissent rapidement, durent et se multiplient ». Pour ce faire, il faut un garant : l'État. Mais, l'État ne doit pas apparaître comme une partie en cause. Au contraire, son rôle se borne à faire respecter les parties et sanctionner les quasi-contrats qui les lient réciproquement. Pour L. Bourgeois : "L'Etat est une création des hommes. Il ne doit intervenir que pour rétablir l'égalité entre tous les participants au contrat." Et plus loin il ajoute : "L'état doit moins exercer une autorité, qu'assurer des redistributions; il est le mécanisme d'adaptation et de régulation, et non point entité métaphysique ou monstre froid." Sommes-nous devant une théorie trop idéale, selon ses détracteurs  libéraux, voire "bourgeoise" selon ses critiques socialistes ?  Aujourd'hui, la question ne se pose pas dans ces termes, tant les modèles libéral et socialiste ont échoué, tant le besoin d'État se fait sentir, mais à condition de rester  véritablement républicain. Le solidarisme répond avec simplicité à la question tout à fait actuelle de la "responsabilité" (dont le philosophe Jonas est le chef de file) face à la complexité du monde moderne et l'avenir des jeunes générations. Pourtant, curieusement, rares sont les travaux universitaires qui s'intéressent à réexaminer ce vieux chantier théorique. C'est une contribution qui résume le but du républicanisme radical et le définit clairement face aux autres courants idéologiques en concurrence : le socialisme, le libéralisme, le christianisme social et le nationalisme.

 

 

Note : Cette série d’articles sur la doctrine républicaine est  une version remaniée de deux textes, dont l'un fut publié dans Baumont S. et Dorna A. (2001): Les grandes figures du radicalisme. Toulouse. Privat et l'autre - inédit – d’un  exposé au colloque la Société d'histoire du radicalisme au Sénat le 23.10.01 Bibliographie: Aulard A. (1901)  : La Révolution française. Paris. Baumont S. et Dorna A. (2001): Les grandes figures du radicalisme. Toulouse. Privat. Dorna A. (1998) : Les fondements de la psychologie politique. Paris. PUF. Dorna A. (1994) : Éléments sur l'idéal et les raisons de la doctrine radicale. Les Cahiers radicaux. N° 1. 1994. Paris. Dorna A. (1999) : Le Populisme. PUF. Manin B. (1995): Principes du gouvernement représentatif. Paris. Flammarion. Memmi A. (1989 ) : Pour un laïcisme humaniste. "Le Monde" du 23.6.1989. Nicolet C. (1982) : L'Idée républicaine en France. Gallimard. Paris. Laprevote O. (1994) : La Démocratie devant la science : compte-rendu. Les Cahiers radicaux. N° 1. 1994. Paris. Pettit Ph. (1997): Republicanism. A theory of freedom and government. Oxford. Oxford University Press . J. Pocock (1975-1995) : Le moment machiavélien. Paris. PUF Spitz J.F. (1995) : La liberté politique. Paris. PUF Skinner Q. (1978): The foundations of modern political thought. Cambridge. Cambridge University Press.

 

 

 

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