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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 09:17

Pierre-Larrouye.jpgLes territoires : vecteurs de confiance et de compétitivité -Par Pierre Larrouye, économiste et Pierre Benaïm, expert en innovation

 

"La compétitivité de court terme niche là, dans cet enthousiasme de proximité, dans cette reconquête de la confiance citoyenne"

 

Compétitivité et confiance sont devenues depuis quelques semaines les mots clés et consensuels pour affronter les enjeux majeurs d’un avenir économique et social dont chacun, en son for intérieur, avait bien mesuré qu’il exigerait des mesures difficiles. La Présidentielle de 2012 s’est focalisée sur la dette. Mais le contexte appelle un supplément d’âme qui permet la mobilisation, la fédération des énergies et la révolte consensuelle.     

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                               

 

 « La confiance comme « lubrifiant social » »

 

Compétitivité et confiance sont indissociables : « la confiance est un lubrifiant social » comme le dit  K.Arrow, prix Nobel d’économie 1972. Hélas, la période est peu propice. Comment ne pas mesurer la défiance citoyenne à l'égard du politique? On ne peut donc se contenter de mesures gestionnaires. Il faut incarner, s'engager, porter un espoir dans un pacte citoyen mobilisateur. L'atout maître est que  le citoyen est  majoritairement mature, conscient, informé et en attente réaliste d'un projet qui l'associe.

 

Le pacte de compétitivité présenté par le gouvernement sera complété par des accords sociaux, par une brique supplémentaire de la décentralisation, par la recherche d'un programme d'investissements de croissance européen.

Mais la réussite de toute politique publique en ce sens repose sur un pacte citoyen permettant cette relation fusionnelle confiance compétitivité.

 

« Initiative territoriale et principe de subsidiarité »

 

 En Europe aujourd’hui les « grands travaux » sont autant de défis sociétaux : énergie et développement durable, numérique et économie de la connaissance, santé et économie du vieillissement. Ceux-ci imbriquent fortement axes de recherche fondamentale, de compétitivité et d’implication citoyenne. Ces grands travaux, que nous appellerons « travaux  de génération » ont un fort impact sur la cohésion sociale.

 

Le projet de Loi de décentralisation s’avère d’autant plus stratégique que la plupart des réponses à ces travaux se trouvent au croisement de politiques nationales ambitieuses et d’initiatives territoriales. Ce sont des territoires que naissent les projets collaboratifs, la proximité étant un facteur clé de la fertilisation croisée. Les collectivités ne s’y sont d’ailleurs pas trompées, puisqu’elles portent des actions politiques fortes de soutien à leurs économies locales, avec notamment des agences d’innovation ou de développement, mais également des pôles  de compétitivité, des « clusters » et des dynamiques collectives nouant recherche et monde économique. Le principe de subsidiarité et l’initiative territoriale doivent être au cœur de ce projet.

 

 

La période exige donc une étroite relation entre stratégie nationale et initiative territoriale. La mise en place de règles qui en permettent l’épanouissement est essentielle. Le combat contre la crise est également un combat contre le temps. Ceci est visible avec les marchés au niveau de la crise financière. Ceci est aussi vrai pour la reconquête en matière industrielle et de compétitivité. Les grandes actions stratégiques nécessaires autour de l’innovation de rupture supposent du temps. Les effets ne sont pas immédiats. Les effets connus par la science économique autour des multiplicateurs et accélérateurs de l’investissement, sont plus forts et plus rapides dans la proximité et les circuits courts. C’est ce qui est visé dans la priorité donnée aux PME/TPE, ce doit être aussi le choix d’un soutien fort à l’initiative territoriale.

 

Il semble que ces besoins soient pris en compte par la création d’une Banque publique d’investissement en association avec les Régions. Est-ce suffisant ? Est-ce suffisant, en particulier, pour obtenir le choc de confiance recherché ? Les citoyens sont sceptiques face à des initiatives qui ne leurs paraîtraient pas totalement transparentes. La première innovation est donc, sans aucun doute, à réaliser en matière d’organisation sociale.

 

Les projets d’intérêt général, en particulier ceux qui correspondent à des enjeux sociétaux, nécessitent à la fois une gouvernance publique garante et responsable de cet intérêt général et du long terme et un mode d’organisation qui permette de privilégier les complémentarités et la transversalité. Il faut tout à la fois s’aligner sur les compétences et ne pas en être trop tributaire. A l’instar des pôles de compétitivité qui permettent une coordination verticale de filière, les pôles d’économie cohésive* répondent à ce dessein. Ils assurent « l’être ensemble », la cohésion sociale et « le faire ensemble » d’acteurs coordonnés qui conservent leurs spécificités. Ce nouveau « mode projet » permet une transparence, une responsabilité claire et génère donc une confiance forte. C’est la condition du nouveau pacte citoyen à rechercher pour augmenter la confiance et donc la mobilisation source de compétitivité. Les politiques oseront-ils passer à cette organisation qui permettrait aux territoires de retrouver de la souplesse pour mener à bien des actions prioritaires?

 

« Investissez là où vos enfants vivent »…

 

 Plutôt qu’un livret d’épargne, thématique mais général, ne pourrait-on passer à une mobilisation de l’épargne territoriale sur des projets plus identifiés : « Cette épargne disponible et mobilisable en proximité est un atout fort pour la France. Le mode projet permettrait la levée d’une véritable fierté de contrer les marchés financiers en soutenant des programmes de proximité d’intérêt général. Le succès de l’offre portée par le livret A montre que cela est possible et que l’on pourrait éviter que cette épargne n’irrigue pas suffisamment l’économie réelle.

Au-delà de l’association des régions au management de la BPI, la Loi de décentralisation pourrait être plus ambitieuse. Les territoires devraient pouvoir bénéficier de garanties de celle-ci pour créer dans la proximité, un fond d’investissement pour les grands projets d’initiative territoriale d’intérêt général. Il constituerait un levier pour drainer une seconde vague d’épargne, territoriale, autour d’un pacte citoyen fédérateur et mobilisateur

 

La compétitivité à court terme repose sur cette mobilisation autour d’un patriotisme territorial des énergies disponibles. Voici le sens de la subsidiarité, laisser s’épanouir ces énergies, raccourcir les circuits, favoriser les actions terrains communes.

La compétitivité de court terme niche là, dans cet enthousiasme de proximité, dans cette reconquête de la confiance citoyenne.

 

 

 

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6 mars 2011 7 06 /03 /mars /2011 10:49

Marcel Gauchet aDeux remarques préalables avant d’en venir à ce que l’on peut d’ores et déjà discerner dès à présent des effets de la crise.

Premièrement sur le caractère paradoxal des effets de cette crise. On peut en effet considérer qu’elle aura eu le bénéfice intellectuel de nous obliger à sortir de tout ce qui, dans les sciences continuent à emprunter à des modèles, au fond, de la causalité physique avec des schémas linéaires de transposition et de contamination de l’économique au social, puis du social au politique. Nous ne sommes plus du tout, en effet, dans cette configuration. C’est un point sur lequel on ne saurait trop insister et, de toutes les manières, nous allons devoir réviser profondément la manière d’articuler ces différents paramètres.

Deuxième remarque préalable à propos de l’ombre gigantesque des années 1930 qui pèse évidemment sur notre perception de la crise. Pour aller très vite, je dirais que la différence - nous pouvons la situer assez précisément, me semble-t-il - tient à l’offre idéologique.

La crise de 1929 intervient dans un contexte où il existe une crise des régimes libéraux très antérieure. On peut la faire remonter, à mon sens, bien avant 1914. Elle accompagne la mise en place du suffrage universel à l’intérieur des régimes libéraux pour aller vite. Elle s’affirme après 1918 où l’on a, tout de suite après la guerre, la cristallisation d’une extrême droite radicale - et même révolutionnaire - à l’enseigne du nationalisme et, dans le sillage de la révolution bolchévique, la cristallisation d’un révolutionnarisme d’extrême gauche armé d’une puissante analyse et d’une proposition idéologique vis-à-vis de la société bourgeoise. La crise des années 30 arrive donc dans un contexte marqué par le développement de la foi révolutionnaire et dont elle va démultiplier les proportions - la crise apparaissant comme la ratification et la certification de cette perspective révolutionnaire qui mobilise les masses.

Rien de pareil dans notre contexte. Nous vivons le crépuscule ou l’éclipse de l’idée de révolution. Nous sommes dans le moment de clôture d’un grand cycle historique - qui se confond en gros avec le vingtième siècle - où ce dessein révolutionnaire, qui a été organisateur du champ politique sur le plan idéologique, est en repli. L’offre idéologique par rapport à la crise que nous vivons est a peu près nulle. En fait, elle se résume à des succédanés d’idéologies du passé dont les adeptes eux-mêmes mesurent bien le caractère peu adéquat à la situation, et qu’ils brandissent plutôt comme des symboles que comme des doctrines opératoires.

Là, il faut rappeler une chose qui, dans l’espace public français, n’est apparemment pas toujours bien comprise : la protestation n’est pas la révolution. Je crois qu’il y a une importante différence parce que précisément, pour que la protestation passe à la révolution, il faut que derrière la protestation il y ait une offre idéologique qui lui donne à la fois l’intensité mobilisatrice sur le plan affectif et un progrès global plus ou moins crédible à une échelle de masse. Nous ne sommes absolument pas dans cette situation. Je crois que rien ne le traduit mieux d’une certaine façon que le recours à l’arme symbolique du suicide au travail pour exprimer un refus social. Là, on est aux antipodes absolus de ce qu’est l’espérance révolutionnaire : la désespérance individuelle transportée dans l’espace public.

J’en viens à ce qu’on peut discerner des effets de la crise. Je retiendrais trois points.

Le légitimisme des opinions

La délégitimation des élites et le repli sur le privé

La distance vis-à-vis des solutions alternatives

..............................................

 Lire la suite sur le blog de Marcel Gauchet  http://gauchet.blogspot.com/

 Source :  Les effets paradoxaux de la crise  Marcel Gauchet  Journées d'études du CEVIPOF, Sciences po Paris

A lire aussi Les travaux de Marcel gauchet 

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2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 15:58

C KinzlerBloc-notes nouveauté sur Mezetulle
Qu'est-ce que le communautarisme ?

En ligne le 24 février 2011


Il importe de rappeler que la laïcité, qui s'oppose au communautarisme politique, n'a rien contre les communautés d'association, car toute communauté n'est pas communautariste. Il faut donc se demander ce qu'on entend au juste par communautarisme.


Le roman antirépublicain répand volontiers le mythe du républicain laïcard franchouillard. Ce mythe n'a aucun fondement conceptuel, mais il s'incarne dans une caricature et donne naissance à des fantasmes dont les effets sont bien réels. Le franchouillard et le multiculturaliste antirépublicain se confortent l'un l'autre en construisant de toutes pièces leur objet fantasmatique commun que les uns révèrent et que les autres abhorrent : « les musulmans », comme s'il s'agissait d'un bloc identitaire unifié. Ce faisant, tous deux confondent le communautaire et le communautarisme. On s'attache à les distinguer dans l'article Mythes antirépublicains, laïcité et communautarisme.


Sommaire de l'article :

  1. Portrait-robot du républicain laïcard franchouillard
  2. Une caricature et deux dérives symétriques
  3. Pourquoi le mythe d'un républicain laïque allergique à la notion de communauté est-il si tenace ?
  4. Qu'est-ce que le communautarisme ?
  5. Comment lutter contre le communautarisme politique ?
  6. Se dépayser : le déraciné est le paradigme du citoyen

Lire l'article sur ce blog.

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17 mars 2008 1 17 /03 /mars /2008 15:44

L'étude "Les jeunesses face à leur avenir"  est réalisée par  la Fondation pour l'innovation politique. Elle s'appuie sur une enquête internationale auprès de 22 000 personnes: 1 000 jeunes de 16 à 29 ans et 300 personnes de 30 à 50 ans ont été interrogées dans 17 pays en Europe, en Asie et aux États-Unis.

Lire l'étude

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6 mai 2007 7 06 /05 /mai /2007 08:06
Pour un autre Programme- par Lucie Aubrac* et Raymond Aubrac**
 
Quelle audace réconfortante ! Quand le poids des injustices devient trop lourd, il faut changer. Mais ceux qui nous le disent ici n’ajoutent pas qu’eux seuls seraient capables de résoudre tous les problèmes si on leur confiait le pouvoir : ce ne sont pas des candidats à une élection. Autorisés, dans leur domaine, par leur compétence et expérience, ils savent ce qui va mal et pourquoi ça va mal. Ils dénoncent quand il le faut les responsables et ils proposent comment peut être rétablie l’efficacité, comment peut être rétablie la justice. Voilà une vraie démarche citoyenne.

Dans une société pourtant si riche, mais qui a perdu son élan vital et qui ne propose à ses enfants rien qui puisse les mobiliser, la leçon d’anatomie découvre l’égoïsme, le repli sur soi, le peur et le mépris de l’autre, le déni de l’intérêt général au bénéfice de quelques particuliers, bref le recul de la démocratie. Nous savons qu’attaquer la démocratie nourrit l’intolérance et le racisme.

Nous nous souvenons qu’il y a peu, car soixante ans n’est pas si long, notre pays sortait d’une catastrophe. Il avait été pillé, rançonné, détruit dans ses œuvres vives pas des forces brutales, et nous avions su résister, c’est à dire comprendre et oser. Pour retrouver la liberté et les valeurs de la République, bien des hommes et des femmes avaient donné leur vie. Cette résistance avait catalysé l’élan vital qui nous avait permis de remettre debout un pays de citoyens capables de rétablir une démocratie créatrice.

Résister c’est oser. Oser, c’est créer. Encore faut-il une feuille de route, établie après l’analyse de la situation.

Lire la suite
Source L'autre campagne
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16 mars 2007 5 16 /03 /mars /2007 18:47

Contre une opinion répandue, plus de la moitié des français s'intérèssent assez ou beaucoup à la politique. C'est ce que révèle le dernier baromètre politique du CEVIPOF, de février 2007. D'où vient donc leur refus des "partis politiques"? Serait ce parce que les partis ne font pas de la "P"olitique?  L'Observatoire de la démocratrie, vous invite à le consulter.

Vague 4 du "Baromètre Politique Français (2006-2007) CEVIPOF-Ministère de l'Intérieur", réalisée du 5 au 19 février 2007.

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6 mars 2007 2 06 /03 /mars /2007 07:48

Nous avons tous une perception ambiguë du travail : véritable torture lorsqu'il est imposé par la nécessité ou la soumission, il devient plaisir lorsqu'il est librement choisi. Tout le parcours de l'humanité a consisté à résoudre ce dilemme, à se libérer de la nécessité, à distendre les contraintes pour gagner en liberté… Eh bien, nous y sommes ! Nous vivons une mutation exceptionnelle de l'histoire de l'humanité : la fin de la rareté matérielle. Dans ce contexte historique, l'idée fait son chemin d'une rétribution mensuelle garantie à vie pour chacun d'entre nous, qui mettrait définitivement notre société à l'abri de la précarité et de la soumission absolue au travail. Ce livre raconte comment pareil miracle est bel et bien possible. Pourquoi faudrait-il que tout salaire exige encore sa peine ? En posant cette question sans verser dans la démagogie, c'est à une véritable révolution sociale que nous invite Yoland Bresson : il propose rien de moins que l'instauration d'un revenu inconditionnel et universel.Les richesses abondent aujourd'hui. Tous contribuent à leur production, mais tous n'en profitent pas. Le revenu d'existence, comme outil de répartition des richesses, permettrait une réduction immédiate de l'exclusion et des déséquilibres économiques. À terme, il représente le premier moyen connu pour libérer l'homme des
aliénations qu'engendre le travail dans sa conception actuelle : une reconnaissance sociale fondée essentiellement sur la concurrence, la compétitivité et donc les conflits entre les individus.Le nouveau «contrat social» que propose Yoland Bresson opère de nombreux bouleversements : passage d'un système d'assitance honteuse à une répartition «naturelle» des richesses ; dépassement du stade du salariat, inadapté aux «exigences» croissantes des emplois : intermittence, flexibilité, précarité... ; gain de temps pour faire fructifier le «capital» humain, les talents de chacun ; travail librement consenti et librement choisi.Ce n'est pas une utopie. Les mesures sont simples et immédiatement applicables.

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3 mars 2007 6 03 /03 /mars /2007 09:10

Dans son  ouvrage, Une politique de civilisation [1],
Edgar Morin approfondit ses analyses sur l’état du monde, déjà développées dans Terre-Patrie, et propose une réforme de la politique et de la pensée, capables de nous faire dépasser la crise multiforme et planétaire que nous traversons.
 
Label France : Depuis des années, on s’accorde à reconnaître que nos sociétés traversent une crise économique, sociale et politique. Pourquoi la jugez-vous fondamentale ?

Edgar Morin : Tout ce qui a constitué le visage lumineux de la civilisation occidentale présente aujourd’hui un envers de plus en plus sombre. Ainsi, l’individualisme, qui est l’une des grandes conquêtes de la civilisation occidentale, s’accompagne de plus en plus de phénomènes d’atomisation, de solitude, d’égocentrisme, de dégradation des solidarités. Autre produit ambivalent de notre civilisation, la technique, qui a libéré l’homme d’énormes dépenses énergétiques pour les confier aux machines, a dans le même temps asservi la société à la logique quantitative de ces machines.

L’industrie, qui satisfait les besoins d’un large nombre de personnes, est à l’origine des pollutions et des dégradations qui menacent notre biosphère. La voiture apparaît, à cet égard, au carrefour des vertus et des vices de notre civilisation. La science elle-même, dont on pensait qu’elle répandait uniquement des bienfaits, a révélé un aspect inquiétant avec la menace atomique ou celle de manipulations génétiques.

Ainsi, on peut dire que le mythe du progrès, qui est au fondement de notre civilisation, qui voulait que, nécessairement, demain serait meilleur qu’aujourd’hui, et qui était commun au monde de l’Ouest et au monde de l’Est, puisque le communisme promettait un avenir radieux, s’est effondré en tant que mythe. Cela ne signifie pas que tout progrès soit impossible, mais qu’il ne peut plus être considéré comme automatique et qu’il renferme des régressions de tous ordres. Il nous faut reconnaître aujourd’hui que la civilisation industrielle, technique et scientifique crée autant de problèmes qu’elle en résout.

LF : Cette crise ne concerne-t-elle que les sociétés occidentales ?

Cette situation est celle du monde dans la mesure où la civilisation occidentale s’est mondialisée ainsi que son idéal, qu’elle avait appelé le « développement ». Ce dernier a été conçu comme une sorte de machine, dont la locomotive serait technique et économique et qui conduirait par elle-même les wagons, c’est-à-dire le développement social et humain.

Or, nous nous rendons compte que le développement, envisagé uniquement sous un angle économique, n’interdit pas, au contraire, un sous-développement humain et moral. D’abord dans nos sociétés riches et développées, et ensuite dans des sociétés traditionnelles.

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L’ensemble de nos anciennes solutions sont aujourd’hui, ainsi, remises en question, ce qui provoque des défis gigantesques pour nous et la planète notamment face à la menace venant de l’économie dite mondialisée, dont on ignore encore si les bienfaits qu’elle promet sous la forme d’élévation du niveau de vie ne vont pas être payés par des dégradations de la qualité même de la vie.

 

Cette dégradation de la qualité par rapport à la quantité est la marque de notre crise de civilisation car nous vivons dans un monde dominé par une logique technique, économique et scientifique. N’est réel que ce qui est quantifiable, tout ce qui ne l’est pas est évacué, de la pensée politique en particulier. Or, malheureusement, ni l’amour, ni la souffrance, ni le plaisir, ni l’enthousiasme, ni la poésie n’entrent dans la quantification.

Je crains que la voie de la compétition économique accélérée et amplifiée ne nous conduise qu’à un accroissement du chômage. La tragédie, c’est que nous n’avons pas de clé pour en sortir. Nos outils de pensée, nos idéologies, comme le marxisme, qui pensait malheureusement à tort qu’en supprimant la classe dirigeante on supprimerait l’exploitation de l’homme par l’homme, ont fait la preuve de leur échec. Nous sommes donc un peu perdus.

LF : Est-ce qu’une situation limite comparable à la nôtre a déjà existé par le passé ?

Ce développement technique, économique et scientifique, avec ses effets propres, est un phénomène unique dans l’histoire. Mais des situations limites se sont déjà produites. Lorsqu’un système donné se trouve saturé par des problèmes qu’il ne peut plus résoudre, il y a deux possibilités : soit la régression générale, soit un changement de système.

Le cas de la régression est illustré par celui de l’Empire romain. Comme on le sait aujourd’hui, ce ne sont pas les barbares qui ont provoqué sa chute, mais le fait qu’il a été incapable de se transformer et de résoudre ses problèmes économiques. A l’inverse, la naissance des sociétés historiques, il y a dix mille ans au Moyen-Orient, avec le passage de petits groupes nomades de chasseurs-ramasseurs à l’agriculture et leur sédentarisation dans le cadre de villages..., constitue un exemple réussi de dépassement d’un système d’organisation trop compartimenté ou dispersé pour résoudre les problèmes posés par une grande concentration de population/

LF : Lors de ces mutations, on franchit un cap et on change d’échelle en réalité. Est-il dans la logique du devenir des sociétés humaines d’accéder à l’étape de la mondialisation, que vous appelez aussi « l’ère planétaire », et qui est surtout perçue comme un danger aujourd’hui ?

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En effet, parce qu’incontrôlée elle s’accompagne de régressions multiples. Mais, c’est une possibilité qui pourrait être souhaitable. La mondialisation a évidemment un aspect très destructeur, d’anonymisation, de ratissage des cultures, d’homogénéisation des identités. Mais, elle représente aussi une chance unique de faire communiquer et se comprendre les hommes des différentes cultures de la planète, et de favoriser les métissages.

 

Cette étape nouvelle ne pourra venir que si nous enracinons dans notre conscience le fait que nous sommes des citoyens de la Terre tout en étant Européens, Français, Africains, Américains..., qu’elle est notre patrie, ce qui ne nie pas les autres patries. Cette prise de conscience de la communauté de destin terrestre est la condition nécessaire de ce changement qui nous permettrait de copiloter la planète, dont les problèmes sont devenus inextricablement mêlés. Faute de quoi, on connaîtra l’essor des phénomènes de « balkanisation », de repli défensif et violent sur des identités particulières, ethniques, religieuses, qui est le négatif de ce processus d’unification et de solidarisation de la planète.

LF : Ces problèmes planétaires, qui dépassent la compétence des Etats-nations, nécessiteraient des réponses politiques planétaires. Est-ce à dire qu’il faudrait instaurer un gouvernement mondial avec les risques totalitaires que cela comporte ?

Pas du tout. Ce que je crois, c’est qu’il faut incontestablement espérer que se mette en place une confédération mondiale, qui serait elle-même une confédération de confédérations à l’échelle des continents, dont l’Europe pourrait être un modèle et un exemple. Il faudrait créer des instances mondiales pour réguler des problèmes vitaux comme l’écologie, le nucléaire, et le développement économique, qui, en raison de ses conséquences socio-culturelles, ne devrait pas échapper au contrôle politique.

LF : Mais l’essentiel de la politique de civilisation devrait être mis en oeuvre au niveau de chaque pays. Quelles en sont les finalités et les grandes lignes ?

S’il y a une crise de civilisation, c’est parce que les problèmes fondamentaux sont considérés en général par la politique comme des problèmes individuels et privés. Cette dernière ne perçoit pas leur interdépendance avec les problèmes collectifs et généraux. La politique de civilisation vise à remettre l’homme au centre de la politique, en tant que fin et moyen, et à promouvoir le bien-vivre au lieu du bien-être. Elle devrait reposer sur deux axes essentiels, valables pour la France, mais aussi pour l’Europe : humaniser les villes, ce qui nécessiterait d’énormes investissements, et lutter contre la désertification des campagnes.

LF : On vous opposera alors le problème du financement de ces grands projets en temps de crise...

Bien sûr, mais parce que l’on réfléchit à partir de budgets séparés. Il serait urgent de créer un système comptable qui chiffre les conséquences écologiques et sanitaires de nos maux de civilisation.

LF : Des millions d’années après son apparition, l’homo sapiens vous paraît en être encore au stade de la préhistoire sur le plan de l’esprit et du comportement. En quoi notre mode de pensée et d’appréhension de la réalité est-il un handicap au dépassement de nos problèmes actuels ?

Il n’y a de connaissance pertinente que si on est capable de contextualiser son information, de la globaliser et de la situer dans un ensemble. Or, notre système de pensée, qui imprègne l’enseignement de l’école primaire à l’université, est un système qui morcelle la réalité et rend les esprits incapables de relier les savoirs compartimentés en disciplines. Cette hyperspécialisation des connaissances, qui mène à découper dans la réalité un seul aspect, peut avoir des conséquences humaines et pratiques considérables dans le cas, par exemple, des politiques d’infrastructures, qui négligent trop souvent l’environnement social et humain. Elle contribue également à déposséder les citoyens des décisions politiques au profit des experts.

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La réforme de la pensée enseigne à affronter la complexité à l’aide de concepts capables de relier les différents savoirs qui sont à notre disposition en cette fin de XXe siècle. Elle est vitale à l’heure de l’ère planétaire, où il est devenu impossible, et artificiel, d’isoler au niveau national un problème important. Cette réforme de pensée, qui elle-même nécessite une réforme de l’éducation, n’est en marche nulle part alors qu’elle est partout nécessaire.

 

Au XVIIe siècle, Pascal avait déjà compris combien tout est lié, reconnaissant que « toute chose est aidée et aidante, causée et causante » - il avait même le sens de la rétroaction, ce qui était admirable à son époque -, « et tout étant lié par un lien insensible qui relie les parties les plus éloignées les unes des autres, je tiens pour impossible de connaître les parties si je ne connais le tout comme de connaître le tout si je ne connais les parties ». Voilà la phrase clé. C’est à cet apprentissage que devrait tendre l’éducation.

Mais, malheureusement, nous avons suivi le modèle de Descartes, son contemporain, qui prônait lui le découpage de la réalité et des problèmes. Or, un tout produit des qualités qui n’existent pas dans les parties séparées. Le tout n’est jamais seulement l’addition des parties. C’est quelque chose de plus.

LF : Vous proposez de dépasser l’antagonisme traditionnel entre le particulier et l’universel. Pourquoi n’est-il pas contradictoire de « vouloir sauvegarder la diversité des cultures et développer l’unité culturelle de l’humanité » ?

Il est indispensable de pouvoir penser l’unité du multiple et la multiplicité de l’un. On a trop tendance à ignorer l’unité du genre humain lorsque l’on voit la diversité des cultures et des coutumes et à gommer la diversité lorsque l’on perçoit l’unité. Le vrai problème est d’être capable de voir l’un dans l’autre puisque le propre de l’humain réside précisément dans ce potentiel de diversité, laquelle ne saurait remettre en cause l’unité humaine tout à la fois anatomique, génétique, cérébrale, intellectuelle et affective.

Ainsi, on comprend que le général et le particulier ne sont pas ennemis puisque le général lui-même est singulier. L’espèce humaine est singulière par rapport aux autres espèces, et elle produit des singularités multiples. Notre univers lui-même est singulier, mais il produit de la diversité. Il faut toujours être capable de penser l’un et le multiple, car les esprits incapables de concevoir l’unité du multiple et la multiplicité de l’un ne peuvent que promouvoir l’unité qui homogénéise ou les multiplicités qui se referment en elles-mêmes.

LF : Pour régénérer la démocratie, vous prônez de se ressourcer aux valeurs de la trinité républicaine « liberté, égalité, fraternité ». En quel sens doit-on repenser leurs rapports ?

Ce qui est intéressant, c’est que cette formule est complexe, les trois termes sont à la fois complémentaires et antagonistes. La liberté toute seule tue l’égalité et même la fraternité. Imposée, l’égalité détruit la liberté sans réaliser la fraternité. Quant à la fraternité, qui ne peut être instituée par décret, elle doit réguler la liberté et réduire l’inégalité. C’est une valeur qui relève en fait de la liaison de soi-même avec l’intérêt général, c’est-à-dire profondément du civisme. Là où dépérit l’esprit citoyen, là où l’on cesse de se sentir responsable et solidaire d’autrui, la fraternité disparaît. Ces trois notions sont donc très importantes. Il y a des moments historiques où le problème crucial est celui de la liberté, surtout dans des conditions d’oppression, comme sous l’Occupation en France, et il y en a où le problème majeur est celui de la solidarité, ce qui est le cas aujourd’hui.

LF : Au niveau européen, vous êtes favorable à un modèle de fédération des Etats. Quel pourrait être le rôle de la France ?

La France pourrait jouer un rôle pionnier parce que sa culture possède un héritage d’universalisme, de foi civique, républicaine et patriotique, mais aussi parce que la France est le seul pays européen qui, depuis le XIXe siècle, est un pays d’immigration, alors que tous les autres sont des pays d’émigration. Elle a hérité d’une tradition d’intégration des étrangers, par l’école et la naturalisation, automatique pour les enfants nés en France depuis la Troisième République [1870]. Jamais euphorique au départ, cette intégration, qui continue à fonctionner malgré des difficultés particulières en temps de crise, explique qu’un quart de la population française actuelle ait des ascendants étrangers. Enfin, du fait de son ex-empire colonial, la France a pu reconnaître comme Français des Martiniquais ou des Vietnamiens, c’est-à-dire des personnes d’une autre couleur de peau. Dans le modèle français, l’identité nationale a toujours été transmise par l’école républicaine et l’enseignement de l’histoire de France. Les enfants assimilaient Vercingétorix, Rome, Clovis, c’est-à-dire une histoire très riche, et du reste très intéressante, car la mythologie française exalte à la fois un héros de l’indépendance, Vercingétorix, mais ne traite pas de collaborateurs les Gaulois, qui eux-mêmes ont été romanisés. Ainsi, la France, dès son origine, accepte le métissage avec les Romains, puis avec les Germains. Constituée à partir d’un tout petit royaume, l’Ile-de-France, qu’elle a élargi en intégrant au fil des siècles des régions hétérogènes, la France se caractérise en fait par un processus de francisation permanente.

LF : Votre diagnostic conclut à une situation « logiquement désespérée ». Qu’est-ce qui, pourtant, vous porte à l’espoir ?

Je pense que nous devons nous ouvrir aux échanges. De même que l’Asie s’est ouverte à la technique occidentale, nous devons nous ouvrir à l’apport des civilisations asiatiques, bouddhiste et hindouiste notamment, pour la part qu’elles ont faites au rapport entre soi et soi, entre son esprit, son âme et son corps, que notre civilisation productiviste et activiste a totalement négligé. Nous avons beaucoup à apprendre des autres cultures. De même que la Renaissance s’est produite parce que l’Europe médiévale est revenue à la source grecque, nous devons aujourd’hui chercher une nouvelle renaissance en puisant aux sources multiples de l’univers.

Les raisons de l’espoir viennent aussi du fait que nous sommes dans la préhistoire de l’esprit humain, ce qui signifie que les capacités mentales humaines sont encore sous-exploitées, notamment sur le plan des relations avec autrui. Nous sommes des barbares dans nos relations avec autrui, pas seulement dans les rapports entre religions et peuples différents mais au sein même d’une famille, entre parents, où la compréhension fait défaut.

D’autre part, l’histoire nous enseigne qu’il faut miser sur l’improbable. J’ai vécu historiquement deux fois la victoire de l’improbable. D’abord, avec la défaite du nazisme en 1945, alors que la victoire allemande était probable en Europe en 1941, et puis avec l’effondrement du système communiste en 1989-90. Le pire n’est jamais certain et « là où croît le péril croît aussi ce qui sauve », comme le dit Hölderlin qui nous rappelle que le danger va nous aider peut-être à nous en sortir, à condition d’en prendre conscience.

Propos recueillis par Anne Rapin
 
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4 février 2007 7 04 /02 /février /2007 00:19

 

Si notre société est effectivement "société d’individus", comment penser alors la protection sociale ? Robert Castel tente de répondre. L’analyse de Lucile Mons.

 

 

Robert Castel, L’insécurité sociale. qu’est-ce qu’être protégé ?, Paris, Seuil/La république des idées, 2003, 95 p., 10,50€

 

 

 

Dans le livre L’insécurité sociale, qu’est-ce qu’être protégé ? , Robert Castel s’interroge sur ce paradoxe : c’est au sein des sociétés les plus sécurisées que naît le plus fort sentiment d’insécurité. Compte tenu de ses conséquences sur les élections et sur notre vie ensemble, on ne peut ni ignorer ce sentiment, ni le considérer comme un pur fantasme. Il faut donc essayer de comprendre d’où il provient.

 

 

Notre société s’est fondée sur la valeur de liberté, et la responsabilité des individus en est une conséquence. Mais nous n’avons pas tous les mêmes armes pour être responsables de nous-mêmes : celui qui vit « au jour la journée » ne peut pas maîtriser sa vie de la même façon que celui dont la situation est stable. Etre libre, cela n’est pas évident ! Il faut y être aidé par des conditions extérieures, par des protections.

 

 

Robert Castel distingue deux types de protection : la protection civile doit garantir les libertés fondamentales et la sécurité des biens ; la protection sociale doit palier aux risques de déchéance sociale. Il retrace le parcours des réflexions qui ont fait évoluer ces protections depuis les débuts de l’Etat de droit jusqu’à aujourd’hui. De cette façon, le sociologue peut montrer que le souci de sécurité est ancré dans l’organisation de notre société. En effet, l’Etat de droit a été fondé pour répondre à ce problème : comment faire en sorte que des individus libres puissent vivre ensemble sans empiéter sur la liberté des autres ? Aux débuts de l’Etat de droit, l’accent est alors mis sur la protection de la propriété individuelle car celle-ci est considérée comme le moyen par lequel les individus peuvent se protéger eux-mêmes de la déchéance sociale. A ce moment là, posséder un bien c’est se garantir contre les aléas de la vie, c’est une forme de sécurité sociale individuelle. Peu à peu, et surtout au moment du développement du travail ouvrier, la réflexion concernant le bon type de protection a pris en compte le nombre des individus non propriétaires. Le travailleur ne possède rien d’autre que sa force de travail : le jour où il ne peut plus la vendre, il n’a plus rien. C’est ainsi qu’est née la protection sociale, pour attacher des droits au statut de travailleur. Robert Castel parle alors de « société salariale », fondée sur un rôle important de l’Etat comme réducteur de risques sociaux et sur l’existence de conventions collectives.

 

 

Or « l’Etat national social » a aujourd’hui moins de contrôle sur la sphère économique, et donc moins de maîtrise de l’avenir, en partie à cause de la mondialisation des échanges. De plus, les collectifs qui prenaient en charge la défense des intérêts des salariés s’effondrent. Enfin et surtout, les protections sociales qui ont été fondées sur le statut de travailleur doivent s’adapter à l’augmentation constante d’une précarité issue du non travail (chômeurs, retraités...) ou d’un travail instable. Bref, notre société connaît une « crise de la modernité organisée ».

 

 

Le sentiment d’insécurité s’étend à de nombreux domaines (santé, environnement, peur des autres...) mais Robert Castel nous fait comprendre qu’il provient d’une source, l’instabilité sociale. Celui qui ne sait pas de quoi demain sera fait, qu’il soit travailleur précaire, chômeur, ou jeune construisant son avenir, finit par ressentir l’extérieur comme une menace. Il faut donc reprendre le problème de l’insécurité à sa base pour le résoudre. Robert Castel met alors en valeur le besoin de reconfigurer les protections sociales, ainsi que la nécessité de collectifs d’insertion et d’une instance publique de régulation qui prenne en compte les modifications du travail. Tout cet édifice doit s’appuyer selon lui sur un Etat flexible et actif.

 

 

Le sentiment d’insécurité n’est pas la peur du risque. Le propos de Robert Castel serait une excellente réponse à ceux qui voient dans les revendications sociales des plaintes d’assistés qui souhaitent conserver leur confort et ne pas travailler. Car avant de vouloir prendre des risques, ou des initiatives, il faut avoir les moyens matériels de le pouvoir.

 

 

Lucile Mons est membre de l’Observatoire des inégalités et étudiante en philosophie à l’Université de Paris-Sorbonne

 

 

 

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25 janvier 2007 4 25 /01 /janvier /2007 00:19

"La France prépare mal l'avenir de sa jeunesse", estime l'Académie des sciences morales et politiques

"La jeunesse est en première ligne des ruptures qui ont accompagné les mutations de la société", indique Daniel Cohen, directeur du CEPREMAP (Centre pour la recherche économique et ses applications) qui a coordonné les travaux de spécialistes regroupés dans le rapport "Une jeunesse difficile. Portrait économique et social de la jeunesse française" (Éditions ENS rue d'Ulm, 238 pages), rendu public hier mardi 23 janvier 2007. Quatre thèmes y sont abordés: "Une jeunesse en panne d'avenir"; "École, salaire, emploi"; "Solidarités publiques et familiales"; "Modes de vie et santé des jeunes". Ont collaboré à ce rapport Christian Baudelot (ENS), Roger Establet (université d'Aix-en-Provence), Luc Arrondel (CNRS), Fabrice Etilé (INRA), Dominique Goux (DARES), Marc Gurgand (CNRS), André Masson (CNRS, EHESS), Eric Maurin (EHESS), Cyril Nouveau (CEPREMAP) et Daniel Cohen (CEPREMAP, ENS).

Ce dernier note dans son introduction qu'en France,"comme dans la majeure partie des pays développés, le suicide des jeunes ne cesse de croître, défiant les lois de la sociologie établies depuis Durkheim selon lesquelles le suicide est l'apanage des vieux", mais il estime "qu'il est possible d'alléger la souffrance que connaissent les jeunes de la plupart des pays développés, en ménageant aux jeunes générations la place qui leur revient dans nos sociétés". L'une des études présentées fait le constat, "sur les trente dernières années", de la "dégradation relative" du sort des nouvelles générations: "dévalorisation des diplômes, stagnation du salaire d'embauche, difficulté d'accès à l'emploi".

Ces travaux du CEPREMAP ont permis la publication de l'ouvrage "La France prépare mal l'avenir de sa jeunesse" le 18 janvier 2007 (Seuil, 120 pages) par l'Académie des sciences morales et politiques. Cet "appel à la lucidité et au civisme" est signé par deux anciens Premiers ministres - Raymond Barre et Pierre Messmer -, trois membres de l'Académie des sciences morales et politiques - Michel Albert, Marcel Boiteux et Gabriel de Broglie - et trois experts - Christian de Boissieu, Jean-Michel Charpin et Jean-Philippe Cotis. Évoquant une "nouvelle fracture entre les générations", les auteurs de cet ouvrage estiment que si "la société française est indéniablement pleine de bonne volonté vis-à-vis de sa jeunesse (...), elle est incapable de prendre conscience des raisons de la situation pénible qu'elle lui réserve".

Le rapport du CEPREMAP (238 pages) est téléchargeable sur
:
www.cepremap.ens.fr/depot/opus/OPUS6.pdf
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