La lutte contre les discriminations ne s'accommode d'aucun adjectif, fut il celui de "positive".
Jean-Francis Dauriac
Sous prétexte de lutte contre les discriminations le Parti Socialiste a instauré des quotas, c'est à dires des circonscriptions pour les prochaines élections législatives réservées, à ce que pudiquement il appelle des "minorités visibles" . Il s'agirait de discrimination dîte "positive" visant à corriger la sous représentation des français d'origine étrangére à l'Assemblée Nationale et améliorer ainsi sa représentativité. Généreuse intention, pour le moins discutable.
Il est d'abord selon nous insultant, de demander à un individu de mettre en avant son origine ou sa couleur de peau, pour prétendre à des responsabilités. Sa dignité lui commande d'être reconnu au même titre que n'importe qui, sans distinction fondée sur la couleur de peau ou l'origine ethnique ou géographique. De ce point de vue sa réussite n'est que fiction.
Il s'agit ensuite d'une dangereuse discrimination, et le qualitif de "positif" ne lui enlève rien. De la même façon qu'il n' y pas par exemple de laïcité positive ou négative, la discrimination reste de la discrimination, vis à vis de lui même et .. vis à vis de celui qui aurait pu prétendre aux mêmes responsabilités, mais s'en trouve écarté en raison de ses origines ou de sa couleur de peau , fut elle blanche et française de longue date.
C'est aussi admettre et consacrer qu'il n'y aurait pas d'autres moyens de lutter contre ce type de discriminations et revient à traiter tous les adhérents du parti socialiste de "racistes", puisqu'à défaut de ces régles, ils ne seraient pas capables de les désigner pour leurs seuls mérites...Cela pose un certain nombre de question sur les valeurs que prétend incarner le Parti Socialiste.
Enfin le problème de la représentativité de l'Assemblée Nationale nous semble bien plus large que celui de la représentation des minorités dîtes "visibles" et mérite une approche sociale . Combien de personnes d'origine modestes, employés , ouvriers, siègent à l'Assemblée Nationale. Dans la mesure où ce sont dans ces "couches sociales" que les descendants d'immigrés de première ou seconde génération sont les plus nombreux, leur accés aux responsabilités constituerait bien "une pierre pour deux coups" et améliorerait la représentativité de nos élus en général. Et plus largement combien de parlementaires sont réellement engagés dans la vie active au moment de leur désignation? Le nombre de candidats désignés par le PS déjà élus, ou occupant des fonctions de permanents, assistants parlementaires, membres de Cabinets ou collaborateurs d'élus gagnerait à être observé.
Au fur et à mesure que la politique se professionnalise et que les partis deviennent de grandes machines électorales, la représentativité des partis et donc des responsabilités électives se dégrade. Les réponses sont plus à rechercher dans le mode de recrutement et de fonctionnement des partis que dans l'instauration de quotas. Qu'est ce qu'un parti et quelles nouvelles façons de faire de la politique au XXIème siècle nous paraissent le véritable enjeu de notre époque.
A débattre pour amiliorer une démocratie qui bienque toujours imparfaite, doit être sans cesse repensée et remise sur l'ouvrage. Mais nous pensons que les quotas de "minorités dites visibles " sont une fausse réponse à un vrai problème de représentativité bien plus général.
Jean-Francis Dauriac
Président de l'Observatoire de la Démocratie