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9 avril 2013 2 09 /04 /avril /2013 08:43

Alain-1-.jpgLa politique n'a guère changé et ne changera guère. C'est que la structure de l'homme est toujours la même ; et ce qu'en disait Platon est encore vrai aujourd'hui. Toujours une tête, et la même, et toujours apte aux mêmes combinaisons. Toujours une poitrine, et la même, lieu d'explosion, centre de colère et de courage. Quand le moteur s’emporte, la sagesse supérieure est réduite au rôle d'exécutant ; au mieux elle sauve les projets fous. C'est ainsi que le cœur usurpe, et nous l'éprouvons dix fois par jour. Convenons mainte­nant que le ventre porte et soutient tout cela, et qu'en un sens il gouverne tout ; car, faute de nourriture, il n'y a plus ni courage ni pensée pour personne. En sorte que la pensée, si souvent et si promptement dominée par la colère, doit aussi compter avec la peur, qui est du ventre.

L'homme étant ainsi, et pour toujours ainsi, nous n’en avons pas fini avec les difficultés, et jamais nous n'en aurons fini. Le projet le plus raisonnable n'ira jamais tout seul. L'économique, qui est du ventre, nous tiendra toujours serrés. Toujours le besoin plaidera contre l'enthousiasme ; si l'enthousiasme l'emporte, c'est l'enthousiasme alors qui plaidera contre la raison. Mais la raison, de son côté, ne peut gouverner passablement ses difficiles voisins que si d'abord elle les accepte, ainsi la pire injustice est celle de la raison, quand elle veut nier les deux autres personnages. Partant de là, vous dessinez aisé­ment, et assez exactement, trois figures d'injustes, celui qui n'est que besoin et appétit, celui qui n'est que fureur, et celui qui n'est que raison. Cette vue est très simplifiée, mais on peut partir de là. La connaissance de soi et des autres n'est pas tellement avancée.

 

D'où je puis deviner trois politiques, éternelles, et trois religions, éternelles. Trois politiques. Car il y a celle de la raison toute pure, qui abonde en projets, mais qui, par mépriser les deux autres, ne fait rien. Il y a la politique de la colère, qui fait toujours plus qu'elle ne veut, qui tue et se tue ; mais que d'honneur et que de bonheur ! Car il est beau d'entreprendre et d'oser ; cela enivre. Et enfin il y a une politique des intérêts, qui porte les deux autres. Ces trois partis, vous les distinguerez dans un syndicat, dans un gouvernement, dans un peuple, dans tout homme. La vraie paix est dans l'homme, et entre ces trois personnages tête, poitrine et ventre, dont il est composé. Et, parce que tous trois ont leurs fortes raisons, il faut négocier la paix, et non pas seulement la formuler ; et la négociation durera toujours.

 

Trois religions aussi, et qui toujours coexisteront. Car le ventre est superstitieux, et le fut toujours, et le sera. La peur adore les forces ; aussi les hommes ont-ils adoré tout, soleil, volcan, serpent, et le ventre même, ce qui est un genre d'ivresse redoutable, et une sorte de mystique ; non pas autrefois, mais aussi bien maintenant. Ici une grande obscurité, mais non pas impéné­trable. Et je dis religion, parce qu'en effet le cœur ni la raison ne sont absents jamais ; à ce niveau ils suivent, ils obéissent, ils ornent, ils éclairent diaboli­quement. Les faux dieux sont encore des dieux.

 

La religion de l'honneur est au-dessus, et c'est l'olympienne ; c'est celle qui couronne les braves. L'homme, à ce niveau, voudrait n'être que cœur ; mais il ne peut se démettre de lui-même ; aussi l'avidité ne cesse de déshonorer le courage, comme la raison ne cesse de mettre en preuve les effets de la puissance. Le conquérant veut être nourri ; le conquérant veut avoir raison. Cela s'entend souvent dans une même phrase. Et ce serait folie de vouloir que la religion de l'honneur soit morte, ou qu'elle soit autre. Ménagez, négociez.

 

La religion de l'esprit est la plus belle ; cela est de consentement. Elle rabaisse la puissance aveugle, et elle rabaisse la puissance humaine. Elle pèse d'autres valeurs, qui sont comme de l'or pur dans le commerce humain. Mais il est toujours vrai que s'il y avait des vertus pures, il n'y aurait plus de vertu. Le fait est qu'il faut manger, mais non pas trop, et qu'il faut partir en guerre pour quelque chose, mais non pas trop ; et enfin honorer l'esprit en ses pénibles victoires, car c'est là qu'il est esprit. C'est pourquoi l'équilibre, le difficile équilibre, est ce qui m'intéresse dans un homme ; et non point la bavure. Bavure d'amour, bavure de gloire, bavure de raison, c'est tout un. Et celui qui a mené passablement la difficile négociation avec lui-même, au lieu de sottement s'ignorer et de sottement s'adorer, c'est celui-là que j'enverrais négo­cier pour nos biens et nos vies. Nous y serions presque si l'on enseignait la structure de l'homme au lieu d'enseigner à la tête la structure de la tête, comme on fait si aisément et si inutilement.   Alain, La politique n’a guère changé - 1934

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Published by Observatoire de la Démocratie - dans Notre philosophie : Alain - lire et relire
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