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28 février 2007 3 28 /02 /février /2007 01:02

         

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Alexandre Dorna, Psychosociologue, Vice Président de l'Observatoire de la démocratie

La culture du narcissisme – selon la percutante formule de C. Lasch (2000) – dont le nœud gordien est l’hédonisme et la quête du plaisir par les individus, s’est vue obligée de ré-introduire le monde de l’émotion, au point de lui rendre un culte de plus en plus reconnu.  Il faut dire que l’individualisme narcissique de la post-modernité, à travers ses manifestations idéologiques (donc politiques), s’éloigne du modèle rationaliste et positiviste cristallisé au XIXe siècle, en évitant, en premier lieu, la pratique de la solidarité et l’engagement dans la perspective collective d’un monde meilleur et d’une nouvelle société, et, en deuxième lieu, en privilégiant l’égotisme et le goût solitaire de la passion.   

En conséquence, la recherche publicitaire et les approches explicatives en psychologie l’ont réintroduite dans leurs modèles. La prise en compte des phénomènes affectifs est devenue indispensable pour comprendre la dynamique sociale et interpersonnelle. Les analyses socioculturelles et la sphère de la communication politique, comme le phénomène du  charisme, qui se révèle un signe de la crise actuelle, en reconnaissent la pertinence. Contrairement à l’escamotage réalisé par la métaphysique rationaliste moderne, l’émotion occupe une place de plus en plus importante dans la représentation de la société occidentale et les comportements individuels.

La post-modernité (expression équivoque, mais très utile pour nommer le moment encore indéfini) fait appel à un retour de l’émotion, mais dans un élan où l’individu prime par-dessus toutes les anciennes conceptions sociétales. Certes, c’est un individu de masse qui se pense unique par dépit ou par rupture des liens affectifs profonds. Être seul en société est le mode pour s’incorporer à (où être incorporé par) la culture médiatique, laquelle exploite cet état d’âme et plonge les individus (sans liens profonds) dans une sorte de quête à l’hyper-émotivité. C’est la fabrication des sensations affectives fortes de participation (virtuelle) à travers de grands événements de masse. Les rencontres des jeunesses catholiques. La mort de Lady Di. Les liesses populaires (We are the champions …!) lors de grands événements sportifs. Or, cette émotion s’exprime plus sous la forme d’un désir de vibrer au milieu des spectacles que de vivre avec autrui. Une expérience en groupe, mais vécue individuellement. L’émotion ainsi artificiellement partagée est un acte momentané sans sentiments ni nostalgies. Plus d’appartenance et d’enracinement. Le nomadisme, Internet et le téléphone portable en bandoulière. 

L’attentat du 11 septembre représente en quelque sorte l’apothéose de l’émotion dégradée et vécue intensément par procuration. Nulle autre catastrophe n’a mobilisé autant les émotions : « nous sommes tous des Américains » ! Formule émouvante et pathétique sortie du cœur bien froid d’un journaliste en vogue. Les images en boucle des avions s’écrasant contre les tours jumelles ont prolongé l’extase émotionnelle que chaque téléspectateur a vécue en solo, mi-sidéré, mi-terrassé. Le narcissisme post-moderne exulte devant le grand spectacle d’un reality show où les effets spéciaux semblaient si parfaits que certains ont imaginé du virtuel ou ont cru à un canular version George Lucas.

Mais ce réveil de l’émotion n’est nullement le retour de l’affectivité sociale ni d’une nouvelle subjectivité sentimentale. Juste une réflexivité autocontrôlée et finement conditionnée par une propagande visqueuse et collante, inodore et insipide, mais redoutablement efficace, jusqu’à rendre le virtuel presque réel, ou suffisamment pour le croire, sans émettre de questions. Merveilleuse technique d’inoculation. L’émotivité narcissique aboutit au repli sur soi. A y penser, c’est là plus un besoin pressant d’excitation psychophysiologique, images plus adrénaline, que la présence de sentiments de fond. Loin du romantisme mélancolique ou de l’héroïsme nostalgique de jadis, c’est une mécanique de réponses d’excitation sans engagement affectif. Et ce conditionnement exige une réponse instantanée. 

La demande émotive est une croyance, presque une religion. La réussite des télé-évangelistes en est la version la plus visible, mais c’est juste le sommet d’un iceberg où c’est le mysticisme qui refait surface. Entendons nous : l’émotion reste froide et individualisée. C’est cette émotion qui s’est transformée en objet de marketing. L’aventure sans risque. Les grands frissons avec assurance. L’amour sans souffrance. La haine sans engagement.  A ne plus en douter, car le publicitaire le sait : l’émotion nouvelle fait vendre. La « culture pub » en témoigne : c’est l’image du plaisir et du corps. L’image en miroir avec l’invitation à y pénétrer

Le paradoxe est énorme : la grande vague d’émotion cathodique qui parcourt le monde occidental n’arrive pas à se transformer en projet sociétal d’avenir ni en idéologie politique, encore moins en humanitarisme désintéressé. Car les émois les plus géants ne se traduisent pas en actions collectives. Le tour du monde en solitaire. Voilà le héros des temps post-modernes. Il y a là juste une reconnaissance, un bain de foule dont les corps en réaction ne dégagent pas de la chaleur, mais simplement des miroirs. Un plongeon au milieu de la masse avec son et lumières. Tous les filtres cognitifs et les règles paralysantes de l’individualisme post-moderne sont là.

L’émotion se cultive, mais en solo. Certes, il y a le goût des autres, comme moyen d’excitation, mais le « moi » reste l’unique centre du plaisir. C’est l’autonomie du voyeur froid de spectacles chauds.

Faisons un bref rappel historique pour mieux comprendre.

L’émotion fut blâmée par la religion monothéiste et la métaphysique rationnelle (maîtriser et rejeter les passions !), puis par les sciences naturelles modernes. Si la position des modernes au XIVe siècle a refoulé l’émotion pour privilégier la raison (ce n’est pas la même chose que le logos des Grecs), la justification réside dans la volonté d’écarter l’homme de ses liens avec le monde animal et la tentation d’authenticité. La chasse aux passions est un des mots d’ordre du cartésianisme. L’émotivité est envisagée comme une pathologie, un handicap et un facteur de désadaptation. Contrôler ses émotions équivaut à se différencier des animaux et des sauvages ; c’est la mesure du comportement normal, le prix à payer pour être civilisé. Plus tard, l’émotion sera considérée comme un faux-pas de l’esprit, un égarement, voire un dysfonctionnement. La psychopathologie et la psychiatrie prendront en charge le côté obscur de la culture. L’homme moderne se soumet donc à la technique la plus perverse : l’autocontrôle rationnel. Libre : point d’émotion donc. Le retournement de situation est progressif, mais profond.

Voilà le paradoxe du retour en force de l’émotion médiatisée.

En réalité, si, pour le rationaliste d’hier, l’émotion était une source de pathologie, qui menaçait la raison, l’émotion des post-modernes niche toujours dedans, et si, aujourd’hui, on l’exclut, elle n’est guère assumée positivement par la société.

 Certes, les travaux d’A. Damasio (1995) retrouvent un ton de reconsolidation : l’émotion est désormais reconnue comme le point nodal du psychisme, voire la condition de la pensée rationnelle.  Bref, l’homme est redevenu une unité. Cependant, rien n’est moins sûr, car, si l’émotion est réduite à ses expressions individuelles solitaires, au sein des masses, mais sans projet commun, il n’y pas de point d’équilibre ni d’appui pour introduire un levier et faire bouger le monde. La séparation entre la tête et le cœur continue de plus belle.

Certes, l’émotion n’est plus assujettie au cogito, mais ne le dépasse pas. L’émotion n’épouse pas la raison. Si l’homme moderne était (idéalement) le « je pense donc je suis » de Descartes, l’homme post-moderne n’approuve  nullement une émotion dionysiaque comme dans le mythe grec; pure illusion rhétorique telle qu’elle se présente dans la sociologie à la mode. Le membre d’une tribu, l’homme, qui reste toutefois sans engagement.

En somme : l’emprise du rationalisme touche à sa fin, mais il n’a pas de vision collective de remplacement. La figure de l’émotion reste dans la démarche du faire voir et du faire valoir. Se montrer en images, d’accord, mais s’évader sans engagement pour se réfugier, enfin, dans un petit monde à soi. Cependant, un constat s’impose : contrairement à l’émotion des sentiments (chantée par les poètes romantiques), celle de l’homme post-moderne le rend plus insensible et moins disponible, plus manipulateur, moins naturel, plus ludique et moins attentif aux autres. Bref : plus réactif qu’actif.  (Bobo ! ou Lili !)

En revanche, la vie affective s’est vue instrumentalisée, voire vampirisée, par les nouvelles technologies, car la sensibilité est devenue techno-dépendante. La technosphère sert de support à l’aliénation de l’individu-masse, trop occupés pour se procurer des sensations fortes, mais sans liens affectifs collectifs ni portée altruiste sociétale.

Voilà le nouveau code psychosocioculturel de l’émotion que la propagande et la publicité décortiquent et utilisent pour maintenir le statu quo du marché économique et d’idées qui, comme chacun sait, sont bonnes pour les affaires. La nouvelle vision se rapproche de celle d’une cybersociété, au sein de laquelle la robotisation des consciences n’est plus une fiction à la 1984, mais une construction aux images simples, presque banales, de l’American Beauty. Film qui témoigne de l’idéal imagé d’un mode de vie devenu planétaire ou presque.

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Published by Alexandre Dorna - dans Médias ou propagande
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marc d HERE 28/02/2007 17:52

Quand on voit comment la gauche, par l'intermédiaire des journaux qui lui sont dévoués comme le "canard enchaîné", abaisse le niveau de la campagne on est proche de l'écoeurement....