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7 juin 2006 3 07 /06 /juin /2006 10:00

  Pourquoi a-t-on oublié un homme, dont un journaliste de l'époque faisait le profil psychologique  dans les termes suivants : "Il a peur de faire mal, même pour faire du bien... Eléments pour une doctrine républicaine (3) Léon Bourgeois et le solidarisme Par Alexandre Dorna, Professeur d’Université en psychosociologie politique, Vice Président de l’Observatoire de la Démocratie

Léon Bourgeois est par nature et par raisonnement un altruiste convaincu…C'est un homme qui aura fait son devoir, tout son devoir. Voici trois moments où la rigueur de sa pensée s'exprime avec bonheur, car la théorie épouse la pratique : d'abord dans un extrait de son discours à la fondation du parti radicale, puis dans  la lettre qu'il adresse le 8 Avril 1908 à Ferdinand Buisson, autre grand théoricien et politique radical, où sont exposés dans une admirable synthèse les principes. Et enfin une synthèse des éléments d'une doctrine radicale républicaine: le solidarisme. Le discours. C'est avec une acuité de visionnaire que Léon Bourgeois donne la mesure de l'enjeu politique du moment et, subtilement, et de la portée de l'engagement républicain non libéral, lorsqu'il déclare aux délégués du congrès ses opinions les plus profondes. Écoutons-le : " Au moment où vous voyez grandir de l'autre côté de l'Atlantique ce nuage noir formidable des trusts qui semble faire pâlir la lumière de la liberté humaine et qui projette déjà son ombre sur les rives de l'Ancien Monde, dans ce froid qui augmente et se fait sentir chaque jour davantage, laissez le travailleur faible, isolé, sans appui et sans aide sociale, savez vous où il ira? I1 ira à la révolte, à la violence, aux chimères. Dites-lui au contraire qu'il y a un devoir social de tous envers tous, dites- lui que la société doit être composée de membres libres, d'associés égaux en droit et fraternellement unis ; dites-lui que lorsqu'un d'entre eux succombe, il doit être relevé par l'aide de tous ; dites-lui que celui qui travaille doit être protégé contre les risques qui le menacent, et ainsi aidé, arriver à faire sortir de son travail sa petite propriété individuelle ; qu'il faut, par suite, autour de chacun, un ensemble d'organisations de prévoyance et d'assu­rance par lesquelles tous les risques sociaux seront à l'avenir prévenus et réparés ; dites-lui que dans la lutte qu'il soutient pour la vie, la société entend établir dans la mesure du possible les conditions de la justice. (...) Dites-lui que nous voulons la défense de sa liberté, de sa dignité, de son activité, c'est-à-dire les trois termes dont la propriété individuelle est l'expression résumée en un seul mot : dites-lui tout cela, et vous verrez qu'il n'ira pas courir vers l'hypothèse collectiviste, que, comme le paysan propriétaire, il restera fidèle à sa petite glèbe et n'aura qu'un souci, celui de défendre ce bien, légitimement acquis celui-là, par son travail et non par les procédés louches que nous flétrissions tout à l'heure." Et la lettre à F. Buisson. C'est une synthèse réussie. Tout y est : la portée et les limites, la volonté et la réflexion. Lisons-la attentivement : "Le parti radical a un but; il veut organiser politiquement et socialement la société selon les lois de la raison, c'est-à-dire en vue de l'entier développement de la personne humaine dans tout être humain, en vue de l'entière réalisation de la justice dans tous les rapports entre les êtres humains. Le parti radical a une méthode. C'est celle de la nature elle-même. I1 sait que tout organisme naturel tend à se développer vers un état supérieur par l'évolution régulière de chacun de ses éléments coordonnés. I1 attend donc de l'évolution morale et intellectuelle de chacun des individus l'amélioration progressive de la société. Et c'est pour la hâter qu'il fait de l'éducation publique le premier devoir de l'État, puisque c'est le premier intérêt de la Nation. (…) Le parti radical a une morale et une philosophie. I1 part du fait indiscutable de la conscience. I1 en tire la notion morale et sociale de la dignité de la personne humaine. I1 en conclut pour celle-ci un droit et un devoir : le droit de chercher par l'effort de sa raison les conditions de son propre développement et les lois de ses rapports avec les autres êtres; le devoir d'observer vis-à-vis des autres les règles d'existence qu'elle a ainsi librement déterminées. (…) Le parti radical a une doctrine politique. Il va de soi que c'est la doctrine républicaine. Mais la République qu'il a en vue est la République démocratique qui, seule, permet à tous les citoyens de rechercher ensemble, sans privilège pour aucune catégorie d'entre eux, les arrangements légaux les plus propres à réaliser ce gouvernement de la raison. Le parti radical enfin a une doctrine sociale. Et cette doctrine se résume en ce mot : l'association. Il ne croit pas en effet que le bien de la nation puisse se réaliser définitivement par la lutte des individus et des classes, pas plus que le bien de l'humanité par la lutte des nations. I1 affirme que le véritable instrument de tous les perfectionnements sociaux, c'est l'association des individus et l'association des groupes humains consentant à des règles que les uns et les autres jugent et sentent conformes au bien, parce qu'elles le sont à l'intérêt de tous.(…)" La doctrine solidariste : une esquisse ouverte La nécessité de garantir la dignité et la liberté suscite un grand débat scientifique et politique, à la fin du XIXe siècle, à travers les réflexions de quelques universitaires radicaux, notamment C. Bouglé, A. Fouillé, H. Marion. C'est Léon Bourgeois, radical et franc-maçon notoire, qui tente de concilier, sous le terme de "solidarité", la politique, la morale et l'économie dans une théorie cohérente. La doctrine solidariste trouve en Bourgeois un propagandiste à la fois bien placé en politique et intellectuellement sensible à la recherche d'une issue non violente au dilemme : capitalisme - versus -socialisme. C’est en juriste qu'il développe, en s’appuyant sur la « doctrine scientifique" la théorie de la solidarité naturelle et morale, les conséquences d'un contractualisme applicable à toute la société. En 1895, un ensemble d'articles et de conférences est édité sous forme de livre. Léon Bourgeois ajoute, année après année, pratiquement jusqu'à sa mort, quelques touches complémentaires.  Contrairement à Rousseau , le solidarisme définit le contrat par l'association, car il s'agit d'abord d'un contrat moral avant d'être social. La théorie du solidarisme repose sur deux principes explicatifs: D'une part, le principe du quasi contrat, et d'autre part, la dette sociale. Si les hommes sont des êtres sociaux, c'est parce qu'ils ne peuvent se soustraire matériellement ou moralement à l’association humaine. C'est par l'existence implicite des quasis contrats réciproques d'échanges que les hommes arrivent à survivre et à cumuler la richesse matérielle et spirituelle, la connaissance et les techniques. Voilà pourquoi l’homme naît débiteur de l’association humaine. Car la dette est sociale. Chacun, dès la naissance, prend sa part d’un héritage accumulé par ses ancêtres. Cette dette contractée envers les ancêtres, chaque homme est tenu de l’acquitter envers les nouvelles générations. C’est un legs de tout le passé à tout l’avenir. Chaque génération doit non seulement conserver l’héritage mais mieux encore l’accroître.  Par conséquent, pour Léon Bourgeois, la solidarité n'est pas une pure obligation de conscience, mais un devoir fondé juridiquement, auquel on ne peut se dérober sans la violation d’une règle précise de justice.  Contrairement à ceux qui pensent que « la lutte pour le développement individuel est la condition première de tout progrès", les propos de Bourgeois montrent que "seules des activités associées croissent rapidement, durent et se multiplient ». Pour ce faire, il faut un garant : l'État. Mais, l'État ne doit pas apparaître comme une partie en cause. Au contraire, son rôle se borne à faire respecter les parties et sanctionner les quasi-contrats qui les lient réciproquement. Pour L. Bourgeois : "L'Etat est une création des hommes. Il ne doit intervenir que pour rétablir l'égalité entre tous les participants au contrat." Et plus loin il ajoute : "L'état doit moins exercer une autorité, qu'assurer des redistributions; il est le mécanisme d'adaptation et de régulation, et non point entité métaphysique ou monstre froid." Sommes-nous devant une théorie trop idéale, selon ses détracteurs  libéraux, voire "bourgeoise" selon ses critiques socialistes ?  Aujourd'hui, la question ne se pose pas dans ces termes, tant les modèles libéral et socialiste ont échoué, tant le besoin d'État se fait sentir, mais à condition de rester  véritablement républicain. Le solidarisme répond avec simplicité à la question tout à fait actuelle de la "responsabilité" (dont le philosophe Jonas est le chef de file) face à la complexité du monde moderne et l'avenir des jeunes générations. Pourtant, curieusement, rares sont les travaux universitaires qui s'intéressent à réexaminer ce vieux chantier théorique. C'est une contribution qui résume le but du républicanisme radical et le définit clairement face aux autres courants idéologiques en concurrence : le socialisme, le libéralisme, le christianisme social et le nationalisme.

 

 

Note : Cette série d’articles sur la doctrine républicaine est  une version remaniée de deux textes, dont l'un fut publié dans Baumont S. et Dorna A. (2001): Les grandes figures du radicalisme. Toulouse. Privat et l'autre - inédit – d’un  exposé au colloque la Société d'histoire du radicalisme au Sénat le 23.10.01 Bibliographie: Aulard A. (1901)  : La Révolution française. Paris. Baumont S. et Dorna A. (2001): Les grandes figures du radicalisme. Toulouse. Privat. Dorna A. (1998) : Les fondements de la psychologie politique. Paris. PUF. Dorna A. (1994) : Éléments sur l'idéal et les raisons de la doctrine radicale. Les Cahiers radicaux. N° 1. 1994. Paris. Dorna A. (1999) : Le Populisme. PUF. Manin B. (1995): Principes du gouvernement représentatif. Paris. Flammarion. Memmi A. (1989 ) : Pour un laïcisme humaniste. "Le Monde" du 23.6.1989. Nicolet C. (1982) : L'Idée républicaine en France. Gallimard. Paris. Laprevote O. (1994) : La Démocratie devant la science : compte-rendu. Les Cahiers radicaux. N° 1. 1994. Paris. Pettit Ph. (1997): Republicanism. A theory of freedom and government. Oxford. Oxford University Press . J. Pocock (1975-1995) : Le moment machiavélien. Paris. PUF Spitz J.F. (1995) : La liberté politique. Paris. PUF Skinner Q. (1978): The foundations of modern political thought. Cambridge. Cambridge University Press.

 

 

 

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Published by Alexandre Dorna - dans République
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