Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Références

Revenir à l'accueil?

  Cliquez ci dessous

image002-63x64_1_.gif

 

 

TEXTES

FONDAMENTAUX

   

imagescah5x4h8.jpg

Histoire de l'esclavage

 

Histoire du droit de vote

 

Laïcité, texes fondamentaux

 

Déclaration universelle des droits de l'homme 1948

 

Déclaration des droits de l'Homme 1789

 

La démocratie à Athènes

 

Loi de séparation des églises et de l'Etat 1905

 

J'accuse d'Emile Zola

  

Robert Badinter
60ème  anniversaire de la Déclaration
Universelle des Droits de l'Homme
 
 

Catherine Kintzler

Qu'est ce que le communatarisme  

  

 

De la race en Amérique

Obama    

 

 

Pratique

DOSSIER DU MOIS

  

La-cit-.jpg

  La laïcité dans le monde

 

La laïcité en Turquie

La laïcité en Grèce

La laïcité en Belgique

La laïcité au Portugal

La laïcité en Allemagne

La laïcité aux Etats Unis

L'actualité de la laïcité

 

 

OUTILS   

 

 

   Rituels républicains

Pour vos cérémonies de
baptêmes républicains,
mariages civils...

 

Enseigner la démocratie

   Outils pour les enseignants 

  

Apprendre l'Europe en jouant
Quiz sur l'Europe 

Créer son propre blog? 

 mode d'emploi    

   

 

 

  

Revenir à l'accueil?

image002-63x64_1_.gif

 

 

7 juin 2006 3 07 /06 /juin /2006 09:52

"Le républicanisme n'est pas soluble dans la potion libérale, même lorsqu'il se déclare équitable et socialement correct". Eléments pour une doctrine républicaine (5): Se débarasser de quelques idées reçues , Par Alexandre Dorna, Vice Président de l’Observatoire de la Démocratie, Professeur d’Université en psychologie sociale et politique- La clarté de discours et la portée des idées n’empêchent pas les amalgames et les malentendus. C'est le tribut à payer à la réussite : la doctrine républicaine s'est fermement implantée dans les générations précédentes. Aujourd'hui, nul ne conteste les principes, mais la majorité les arrange à sa manière. D'où les contre sens et les amalgames, parfois voulues, parfois accidentelles. Le temps est venu de réexaminer les idées reçues sur les fondements épistémologiques du républicanisme, après plus d'un siècle de méfiances et des méconnaissances, a travers quatre commentaires ponctuels, en attendant une réflexion plus large et approfondie. ° Premier commentaire. Le républicanisme serait la version française  du libéralisme philosophique. Une partie des historiens se sont alignés sur cette version. Parfois les hommes politiques de gauche (d'hier autant que d'aujourd'hui) ont justifié leur politique d'alliances au nom de ce malentendu. Mais,  probablement, c'est l'ouvrage d'Élie Halévy, qui a renforcé l'équivoque. Quoique plus précisément, ce soit l'image donnée de l'ouvrage par les journalistes qui ait travesti la chose. Ainsi, étrange sollicitude, Le monde du 5 avril 1996 consacre deux pages pleines à la famille Halévy, avec un long article sur Élie Halévy, lequel est présenté comme "historien"  d’un radicalisme fortement imprégné de la philosophie anglaise. Or, si Halévy si jette un regard érudite sur le libéralisme utilitariste, aucune référence directe  n’est faite au républicanisme, encore moins à la sensibilité radicale à la française. Et là, la question du renouveau du républicanisme gagne en pertinence. Au fond, le républicanisme n'est pas soluble dans la potion libérale, même lorsqu'il se déclare équitable et socialement correct. Peut-on oublier que les libéraux de 1789 se sont ralliés au changement républicain tout en refusant la souveraineté du peuple, pour se déclarer plus tard partisans d'une démocratie représentative, dont la Restauration et l'orléanisme ont largement administré le contenu. Faut-il rappeler que le rapport à la liberté des radicaux n'est pas purement et simplement une revendication individuelle, mais qu'il pose la question de la domination qui peut croire que la position des républicains à propos du rôle de l'État est celle du libéralisme ? Faut-il encore répéter que, si le libéralisme repose sur une conception individualiste de la nature et de la liberté humaine, le républicanisme pense qu'un individu isolé est une abstraction illusoire. Si l'homme aspire à être libre, il ne l'est pas sans les autres. Il y a là place à un vrai débat, dont les recherches actuelles des historiens anglais des idées et de quelques chercheurs français sont en train d'apporter un éclairage nouveau et inattendu. Il s'agit des travaux de Q. Skinner (1990), Ph. Pettit (1997), J. Pocock (1975- trad : 1995), B. Manin (1995), J.F. Spitz (1995) et de quelques autres. ° Deuxième commentaire : Le républicanisme serait l'héritier le plus conséquent de la révolution française. Qui peut le contester ? Personne. Mais, contrairement à des formules maintes fois répétées, le républicanisme radical n'est pas béat devant la grande révolution. Et si certains déclarent partager l'héritage de la révolution en bloc, la formule est de Clemenceau, elle ne se réclame pas d'une doctrine républicaine radicale. Pourtant les voix critiques républicaines radicales sont nombreuses. Quelques-uns se reconnaissent assez dans la sensibilité jacobine, tout en exécrant Robespierre, tandis que d'autres ne cachent pas leurs sympathies pour Danton. Mais, ce qui est certain est leur refus radical à toutes sortes de tyrannies censitaires: ni roi ni empereur. L'histoire n'est pas close. Si «1789»  fixe le cadre, le sens est à construire. Le républicanisme radical tire ainsi plusieurs leçons. Probablement, la modération dans les actes et le poids des paroles. La révolution est faite contre l'aristocratie et les privilèges, pour la liberté d'opinion et l'égalité de droit devant la loi commune. C'est la notion même de citoyenneté qui marque la volonté égalitaire. L'enjeu est pour tous. Voilà la question politique essentielle. D'où le refus d'utiliser la rhétorique de la lutte de classes, sans nier les faits des inégalités, car le bien de tous ne peut pas se faire par la lutte des individus et des classes. Cela implique d'être dépassé par la conviction de l'intérêt général. La méthode de changement est donc: réforme, oui. Révolution, non. Mais, ce réformisme-là n'est pas fait de demi-mesures ni de transactions, il doit aller jusqu'au bout des principes. Quant au refus de la révolution, et d'une guerre civile, cela n'empêche le droit à l'autodéfense et à l'insurrection contre toute tyrannie. ° Troisième commentaire. Le républicanisme serait un rationalisme scientiste, puisant ses racines dans le positivisme. C'est une mauvaise caricature. Car, l'exaltation de la raison n'est pas une pensée républicaine. Qui de plus rationnel que Napoléon? La rationalité dont les républicains se réclament est raisonnablement critique. En un mot : contestable. Quant au positivisme, faut-il rappeler que si bien nombreuses sont les figures politiques et intellectuelles qui s'en réclament à l'aube de la IIIe République , notamment Littré, Ferry, Gambetta et d'autres, il s'agit d'un positivisme éclairé, sans valider les excès de Comte ni ses préjugés. Encore moins l'idée d'une société (inspirée de Platon) dirigée par des savants. Certes, la science apparaît comme un modèle et une méthode, mais ouverts à la critique, jamais comme un système fermé. Faut-il rappeler que le combat était justement contre les croyances dogmatiques et anti-cléricales de l'époque. Certains républicains sont assez critiques à l'égard de toute tentative scientiste. C'est le cas de F. Buisson et de bien d'autres, pour lesquels la spiritualité ne s'oppose pas à la science. Car, la tentation de faire une morale de la science peut aboutir à une nouvelle religion. Les derniers travaux de Comte lui même en témoignent. Mais point de dogme pour la pensée républicaine radicale. C'est la signification même de la notion de laïcité, trop facilement assimilée exclusivement à la séparation de l’Église et de l'État. Au fond, l'attitude spirituelle républicaine radicale ne renvoie pas à l'athéisme, mais à la liberté de conscience. D'où la nécessité que le pédagogue soit libre de toute orthodoxie. Buisson le dit clairement : «L'éducation républicaine ne croit pas à des vérités absolues, immuables, intangibles. Elle n'accepte ni doctrine d'État, ni doctrine d'Église, comme l'expression parfaite de la parfaite liberté». Enfin, le républicanisme radical n'est pas «un état d'esprit»  comme certains en font la citation sans saisir le contenu, mais une orientation de l'esprit, une manière de réfléchir, un ensemble de principes qui guident les actes et les méthodes dont les hommes font œuvre utile.  ° Quatrième commentaire. Le républicanisme à la française met l'accent sur l'engagement citoyen, dont la vertu est l'élément essentiel. La vertu n'est pas ici une forme de morale ou d'éthique dont l'individu est porteur par la grâce d'un Dieu, mais par l'apprentissage social issu des règles de connivence, lesquelles sont le produit des expériences collectives, des échanges et des dialogues. La vertu représente la capacité sociale des citoyens à faire valoir l'intérêt général avant l'intérêt propre. L'individu est ici subordonné à son existence politique. Le but de la politique républicaine non libérale est avant tout l'indépendance des citoyens  par la maîtrise collective que la société parvient à créer en terme de vertus civiques. L'essentiel est aussi d'éviter que chacun se replie sur soi-même et se désintéresse de la gestion collective, jusqu'au point de confier le gouvernement et la défense à des professionnels. Car cela a deux conséquences : la coupure entre gouvernants et gouvernés et la distribution inégale des rôles politiques. La manière de maintenir vive la civilité est de multiplier les échanges et la participation. Autrement, la marche en avant du progrès risque de provoquer des effets pervers : le divorce entre la vertu et la politique, la rupture entre la valeur humaine et la valeur marchande, entre l'histoire et les principes. D'où le désenchantement du monde. Faut-il voir là une diatribe contre la modernité? Nullement, mais une réflexion sur la nécessité de recomposition de la politique: le langage des républicains est une manière de rester vigilants, de ne pas se résigner à un ordre privé, afin que les hommes demeurent libres et maîtres de leur destin. Et si la protection de la propriété privée comme moyen d'accroissement de la richesse est posée, elle reste subordonnée à l'existence politique. La richesse pour la richesse n'est pas le but. La condition nécessaire est bien plutôt la présence d'un vrai État républicain, que d'une éducation morale rationnelle et bien conçue juridiquement telle que le propose la vulgate libérale. Condorcet y compris. Un État qui soit véritablement l'affaire de tous, sans faire appel à une transcendance théologique ou historique dans la quête du bonheur soit biblique soit laïque. Car la politique républicaine ne se fait pas sans une claire conscience des sacrifices qu'elle impose.  Cinquième commentaire. C'est ici que le débat républicain sur la démocratie prend toute sa place. Bien entendu, il s'agit du discours élitiste (libéral et socialiste) sur la démocratie représentative. La victoire écrasante de la démocratie représentative d'inspiration libérale sur d'autres formes de gouvernement a transformé la donne des intellectuels de gauche. Si hier, ils se montraient sévères dans leur critique à l'égard de la démocratie libérale, aujourd'hui la position libérale démocratique leur semble, malgré certaines réticences, une réalité intellectuelle tellement puissante et tellement incontournable qu'il est inutile de la combattre. C'est le discours social-libéral actuel des intellectuels de la gauche au gouvernement, tels Furet, Julliard, Rosanvallon et quelques d'autres. C'est là que la position républicaine non libérale est éclairante. ° Sixième commentaire Les démocraties représentatives contemporaines (B. Manin 1995) sont issues d'une forme de gouvernement que ses propres fondateurs opposaient à la démocratie d'origine grecque. Certes, en France, elle reste une référence obligatoire, mais de moins en moins vivante. La vraie référence est aujourd'hui, même ici, la démocratie américaine. Rien d'étonnant que récemment un journaliste français grande d'influence se permet de déclarer : nous sommes tous des Américains ! Ainsi, la démocratie représentative non seulement s'éloigne de l'idée républicaine, mais elle la vide de son essence première : la participation de chacun dans les affaires de tous. Les traces de ce glissement se trouvent dans les prises de position des hommes dont la puissance était reconnue : l'un côté l'abbé français Sieyès, et de l'autre côté l'américain, Madison. Tous les deux et bien d'autres se chargent d'assimiler la démocratie représentative à une forme nouvelle et "moderne" de République, sous l'inspiration de la philosophie libérale. L’américain du nord, James Madison (1751-1836), président des États Unis, y voyait un système politique supérieur. Les décisions issues des représentants ne pouvaient qu'être plus raisonnables, moins partielles et passionnées, que celles produites directement par les citoyens. Le français Emmanuel Sieyès (1748-1836) est amené à le justifier ainsi : les citoyens ne disposent pas de temps pour s'occuper des affaires publiques. Il lui arrive de tirer la conclusion, aujourd'hui connue, qu'il faudrait pour gouverner une «profession particulière», sans trop se soucier des conséquences. En revanche, la véritable tradition républicaine est celle d’une démocratie ni libérale ni représentative dont le souvenir de la Grèce antique s’est incarné dans la pratique politique des Républiques italiennes de la renaissance. C'est à la République de Venise jusqu'à sa chute (1797) que le tirage au sort était fort répandu. Faut-il rappeler que Venise la serinissime élut ainsi son premier doge en 697 ? Il y a eu donc plus de mille ans de démocratie républicaine directe ou presque. Aussi Florence, la ville de Machiavel, le renouveau républicain avait institué le tirage au sort pour designer les magistrats. Ainsi, quelles sont donc les raisons d'instaurer une démocratie par "représentation" ?  En réalité, le choix d’une « république à démocratie représentative » ne fut pas simplement le fruit d’un raisonnement "technique" a propos du nombre d'habitants dans les cités modernes. Certes, il fut rationnel. Car la vrai raison est politique : c'est la peur de la "racaille", du peuple incontrôlable, des "incultes" et des gens sans propriétés. Ainsi, le refus de reconnaître l'égalité politique potentielle se place dans un terrain aristocratique. La prise de décisions gouvernementales est l'affaire d'une élite. Et cela en se flattant d'avoir apporter la liberté au plus grand nombre. République oligarchique donc.  Le vrai débat fut escamoté. Il le reste d'ailleurs. Le républicanisme non libéral s'était prononcé déjà depuis fort longtemps sur les perversions possibles d'une forme représentative de gouvernement. L'argument central était : le gouvernement représentatif comporte des éléments démocratiques, mais l'élection des représentants réduit progressivement le rôle des citoyens à une activité de spectateurs de la manière dont d'autres qu’eux prennent les décisions en leur nom. Voilà pourquoi l'anglais Harrington, admirateur de la République de Venise, se prononce pour le tirage au sort. Encore Montesquieu avait exprimé sa nostalgie, et Rousseau son attachement aux pratiques anciennes. A ce sujet, B. Manin (1995) écrit avec pertinence : "rien, sinon la projection irréfléchie de notre propre culture sur le passé n'autorise à penser que Harrington, Montesquieu ou Rousseau   étaient eux mêmes considérés comme périphériques leurs observations sur le tirage au sort et l'élection"  Et plus loin : "les élites cultivées qui établirent le gouvernement représentatif en avaient assurément connaissance ». Et si Montesquieu ajoute qu’il considère que le tirage au sort est défectueux, sa lucidité est grande lorsqu'il écrit : " le soufrage par le sort est de la nature de la démocratie; le soufrage par choix est de celle de l'aristocratie. Le sort est une façon d'élire qui n'afflige personne; il laisse à chaque citoyen l'espérance raisonnable de servir  sa patrie". Faut-il encore rappeler que dans le camp des révolutionnaires de 89 deux positions se sont affrontées, puis superposées : celle des néo-athéniens et celle des néo-spartiates ?  Ainsi, le débat sur le tirage au sort durant la révolution fut abordé avant de naître. Et, curieusement, il n'est plus revenu ni sur la plume des intellectuels ni sur la bouche des hommes politiques. Belle entente implicite d’une pensée unique sur une question brûlante ! Plus tard, Tocqueville, auteur célébré aujourd'hui par tous (socialistes y compris), en faisant avec une grande acuité le portrait de l'Amérique, se déclare en même temps enthousiaste de son dynamisme, mais inquiet sur les conséquences à plus long terme. Mais, il est vrai, Tocqueville reste trop épris par la vision libérale pour mettre le doigt sur la querelle des républicains. C'est l'idéologie qui l'emporte sur l'observation pratique  Pourtant, le temps s'est chargé de montrer la pertinence de la critique républicaine non libérale et le besoin de revisiter les expériences anciennes. Car, étrangement, la démocratie représentative frôle l'oligarchie, voire la dictature par masses interposées. AD.

 

 

. Note : Cette série d’articles sur la doctrine républicaine est  une version remaniée de deux textes, dont l'un fut publié dans Baumont S. et Dorna A. (2001): Les grandes figures du radicalisme. Toulouse. Privat et l'autre - inédit – d’un  exposé au colloque la Société d'histoire du radicalisme au Sénat le 23.10.01 Bibliographie: Aulard A. (1901)  : La Révolution française. Paris. Baumont S. et Dorna A. (2001): Les grandes figures du radicalisme. Toulouse. Privat. Dorna A. (1998) : Les fondements de la psychologie politique. Paris. PUF. Dorna A. (1994) : Éléments sur l'idéal et les raisons de la doctrine radicale. Les Cahiers radicaux. N° 1. 1994. Paris. Dorna A. (1999) : Le Populisme. PUF. Manin B. (1995): Principes du gouvernement représentatif. Paris. Flammarion. Memmi A. (1989 ) : Pour un laïcisme humaniste. "Le Monde" du 23.6.1989. Nicolet C. (1982) : L'Idée républicaine en France. Gallimard. Paris. Laprevote O. (1994) : La Démocratie devant la science : compte-rendu. Les Cahiers radicaux. N° 1. 1994. Paris. Pettit Ph. (1997): Republicanism. A theory of freedom and government. Oxford. Oxford University Press . J. Pocock (1975-1995) : Le moment machiavélien. Paris. PUF Spitz J.F. (1995) : La liberté politique. Paris. PUF Skinner Q. (1978): The foundations of modern political thought. Cambridge. Cambridge University Press.

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Alexandre Dorna - dans République
commenter cet article

commentaires